De nouvelles mesures face au cannabis
Paru le 28 novembre 2007
Face au cannabis des solutions se mettent en place, sont-elles à la hauteur ?
Courant 2008, sur le modèle du stage automobile, un « stage cannabis » de 2 jours sera mis en place, mais son contenu et sa finalité demeurent floues, et les avis sont partagés.
Le public d’abord qui fera l’objet de ces stages risque bien d’être éclectique : se côtoieront
- les jeunes fumeurs orientés par leur parents,
- les volontaires en quête d’une information ou d’un sevrage,
- et les adeptes du joint que les tribunaux auront contraints à effectuer ce stage. Cela ne va pas sans poser problème, et cette diversité des publics fait craindre une confusion des genres contre-productive.
Le stage en lui-même fait l’objet d’interrogations. Sa courte durée le contraint à n’être qu’une source d’information et l’empêche de prétendre à la guérison de l’addiction. Régler le problème de la dépendance sans en avoir analysé la cause serait vain. Car bien souvent, le cannabis vient combler un problème plus profond que tentent de soigner conjointement les fumeurs dépendants et les psychologues. Et tous s’entendent: pour guérir, 2 jours c’est bien insuffisant.
A savoir :
Ces «stages de sensibilisation aux dangers de l’usage de produits stupéfiants» font partie du dispositif de la loi du 5 mars 2007 sur la prévention de la délinquance.
• Le stage sera facturé à l’usager 450 €
• Il existe des consultations anonymes et gratuites, pour en savoir plus : www.drogues.gouv.fr
« Faut-il un permis à joint ? » interroge LIBERATION.
Le journal qui rend compte d’une consultation cannabis avec le Dr Olivier Phan, rapporte que selon lui « quatre mois ont été nécessaires pour organiser le rendez vous ». Considérant que « quatre mois, c’est long comparé aux deux jours de stages cannabis prévus par les pouvoirs publics», le quotidien estime qu’il « suffit de se rendre dans les locaux d’Emergence (Paris 13ème), une consultation anonyme et gratuite pour les consommateurs de cannabis, pour mesurer le décalage entre un problème de santé publique et le dispositif prévu par la loi ». D’après le journal, professionnels et fumeurs ne rejettent pas en bloc le dispositif des stages et Olivier Phan assure « si l’idée de ces stages consiste à faire comprendre qu’il est dangereux de fumer des joints au volant, alors oui deux jours suffisent. Mais s’il est question de soins, ça ne peut pas convenir ».
Libé qui juge que le contenu et l’objectif de la mesure restent « flous », se demande s’il s’agit de désengorger les tribunaux, sachant que le nouveau président de la MILDT « ne dit pas grand-chose de ces stages » dont « on sait juste qu’ils commenceront en 2008 », avec un coût de 450 euros pour l’usager. « Mais qui sont en fait les fumeurs concernés ? » interroge le journal qui fait état de « plusieurs publics »: des jeunes envoyés par leurs parents, d’autres adressés par la justice mais aussi des adultes qui souffrent de leur addiction. Céline Jouanne, psychologue, observe « l’erreur serait de confondre les genres. On ne s’adresse pas de la même manière à un adulte ou à un adolescent pris dans une problématique familiale ».
Gros plan sur Mathias, 15 ans, adolescent introverti, qui fume des joints avec ses copains et que les psy vont tenter de faire sortir de son inertie en sachant qu’il faudra du temps, puis zoom sur Eymeric au look « rastafari » qui a fumé jusqu’à 15 joints par jour et a décidé d’arrêter après un « bad trip ». Il craint de ne pas résister en soirée car dit -il « des jeunes qui ne fument pas, je n’en connais pas ». A propos des stages il commente « ça peut arriver que des jeunes ne sachent pas que le cannabis est une drogue, alors il faut les informer. Mais c’est rare ». Notant que pour les jeunes, « l’interdit et le secret font partie du jeu », Libé se penche sur le cas de Gilles auquel ses parents disent ne plus pouvoir faire confiance. Ils affirment « le problème ce n’est pas nous, c’est lui, Gilles ». Le quotidien qui observe que Gilles a refusé de venir à la consultation, rapporte que selon le psychiatre « une drogue (...) vient toujours colmater un problème réel » et « on ne peut pas se contenter de retirer la béquille ». Selon lui « il est important de reconnaître le bénéfice d’une consommation avant de pouvoir mesurer la perte de liberté qu’elle engendre » mais dit-il « tout cela ne se fait pas en deux jours ».
En encadré, Libération souligne que, depuis 2005, il existe 280 consultations cannabis labellisées par le ministère de la santé et la MILDT. D’après le journal, elles sont essentiellement ouvertes aux adolescents, 80% des consultants sont des garçons, et plus du tiers font l’objet d’un diagnostic de dépendance.
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