Campagne handivalide

Paru le 22 avril 2009

Marion est étudiante à l’EDHEC. Elle a 23 ans et est déficiente visuelle. Elle témoigne dans le cadre de la Campagne Etudiante Handivalides de Starting-Block, une campagne qui mobilise, de mars à mai 2009, 33 établissements d’enseignement supérieur à travers la France, pour sensibiliser les jeunes au handicap et à la situation des étudiants handicapés.

Mon parcours…
Petite, j'étais scolarisée dans une école classique. J'avais du mal à lire les manuels, les photocopies et les écritures au tableau. Comme je n'arrivais pas à écrire assez vite, je massacrais l'orthographe des mots, ce qui a heureusement beaucoup changé depuis !

En CE2, mon école a signifié à mes parents qu'aucune maîtresse de CM1 ne souhaitait m'avoir dans sa classe par peur des changements et complications que pourrait engendrer mon handicap visuel dans leur fonctionnement habituel. On m'a donc inscrite à l'INJA (Institut National des Jeunes Aveugles), avec pas mal de difficultés car j'étais "trop bien voyante".
 
C'était la première fois que je rencontrais d'autres personnes malvoyantes et des aveugles mais aussi la première fois que je me trouvais dans une classe d'environ 10 personnes où le solfège était obligatoire et la pratique d'un instrument vivement encouragée, avec des cours sur place et des dizaines de cabines de piano à notre disposition. Beaucoup d'élèves étaient en échec scolaire, bien plus âgés que moi et venant d'horizons culturels et sociaux multiples. Outre les matières traditionnelles, j'ai étudié le solfège, le piano, la trompette (que je pratique toujours), le braille, la dactylo, un peu de locomotion pour apprendre, par exemple, à traverser sans voir les feux, et quelques rudiments d'informatique.

Au bout de 5 ans, j'ai intégré un collège classique, en classe de 3ème. Ma vue avait déjà pas mal baissé. J'écrivais désormais mes cours sur un petit bloc-notes électronique braille que l'INJA m'avait appris à utiliser. Mon incapacité à lire au tableau posait alors relativement peu de problèmes sauf dans les matières scientifiques. Les profs étaient censés envoyer très en avance leurs polycopiés à l'INJA pour les faire transcrire en braille, mais très peu le faisaient vraiment car ils n'étaient pas plus organisés que les élèves. Je réussissais néanmoins à bien suivre en classe, soit en me contentant d'écouter, soit en acceptant de déchiffrer péniblement les textes les plus courts, soit en me faisant lire les polycopiés le soir par ma mère ou des lecteurs bénévoles.

Pour les contrôles, je branchais mon bloc-notes électronique braille à une imprimante du collège, puis du lycée et allais porter ma copie imprimée au professeur. Pour des examens plus importants comme les bacs blancs, je dictais mon devoir à un bénévole inconnu choisi par l'administration. Ce système a toujours été appliqué pour les divers examens et concours que j'ai passés depuis, afin de garantir l'anonymat complet.

Comme j'étais bonne élève, mes professeurs m'ont encouragée à faire une classe préparatoire littéraire après mon bac. Je réussissais à lire les nombreux livres au programme grâce à des lecteurs très chouettes et aux associations de prêt de livres enregistrés sur cassettes par des bénévoles. On me donnait officiellement le tiers temps lors des examens hebdomadaires de 5 heures (6 h 20 pour moi) qui se déroulaient le mercredi après-midi, jour où le concierge fermait plus tôt, ce qui m'obligeait à venir le déranger chez lui pour qu'il m'ouvre la grille du lycée chaque semaine !

J'ai décidé de passer les concours d'entrée aux grandes Ecoles de management parallèlement au concours de l'ENS. C'est ainsi que j'étudie actuellement à l'EDHEC en alternance avec mon travail de chargée de mission à la direction de la communication de la Mairie de Paris. Contrairement à mes études précédentes, l'écoute attentive du professeur ne suffit plus pour suivre des cours qui s'appuient énormément sur les tableaux, sur des schémas graphiques... D'autant que ma vue a encore beaucoup baissé et ne me permet plus de lire quoi que ce soit avec les yeux ! Autre changement : les professeurs ne sont plus les mêmes d'une semaine de cours sur l'autre, ce qui ne les incite pas à envoyer à l'avance leurs cours à l'association chargée de les scanner dans un format reconnaissable par ma synthèse vocale et mon écran braille. Naturellement, il est impossible de transcrire les images, graphiques, schémas, signes mathématiques inconnus des bénévoles... Néanmoins, j'arrive à me débrouiller plutôt bien dans mes études pour le moment, même si c'est loin d'être simple tous les jours.

Mon engagement dans la dynamique Handivalides portée par l’association étudiante Starting-Block…
Il me paraît essentiel de faire comprendre aux gens que les barrières que rencontrent souvent les personnes handicapées ne sont pas inhérentes à leur handicap puisqu'elles sont avant tout d'ordre technique, ce qui donne la possibilité de les contourner, voire de les faire disparaître. On oublie souvent que c'est pour compenser sa fragilité biologique que l'être humain a inventé tant de choses ingénieuses. De même, le handicap est souvent une richesse et peut être contrebalancé en adaptant l'environnement.

Mon rôle de marraine de la journée Handivalides de l'EDHEC de Lille, le mardi 7 avril, en une phrase…

Cela permet de mettre un nom, une image, une expérience sur le sujet abordé par cette campagne !

Pour en savoir plus, consultez le site internet spécialement conçu pour cette manifestation.

 


      36 20 dites "Smeno"

      Lun-Ven 9H/18H
      0,12€ TTC/min depuis un poste fixe.

      Abonnement rss

      Recevez nos dernières informations sur votre lecteur RSS.

      Je m’abonne

      Widgets

      Installez le widget SMENO sur votre page igoogle, netvibes, iPhone…et accédez aux derniers bons plans et infos SMENO

      Rejoignez-nous sur

      facebook Twitter

      Sondage

      quel est pour vous l'événement le plus marquant de ces dix dernières années?