L'interprétation
Ce qu’il faut retenir pour le BAC
1) La philosophie antique : Le mot interprétation vient du mot grec herméneia. Pour Platon, les interprétations sont les multiples impressions sensibles opposées que peut provoquer un objet. Les sens sont les interprètes des phénomènes, ils en donnent une traduction à l’âme. Pour Aristote, l’interprétation est l’expression, la présentation à l’extérieur des pensées opérée grâce à la langue.
2) L’interprétation de la Bible : Au Moyen-Âge, prédomine le sens de l’interprétation comme découverte de la signification cachée d’un texte. Elle se confond presque entièrement avec l’exégèse de la Bible.
3) La distance historique : Schleiermacher s’intéresse à l’interprétation des textes en général. Il s’agit toujours de découvrir un sens caché mais celui–ci ne l’est qu’en raison des différences culturelles, historiques, psychologiques qui nous séparent de lui. De plus, l’enjeu pour l’interprète est de comprendre l’auteur mieux qu’il ne pouvait lui-même se comprendre.
4) Compréhension et interprétation : Dilthey affirme que la compréhension des manifestations de l’esprit ne repose pas sur des lois, sur une causalité comme les phénomènes naturels. Elle exige une saisie de l’unité de sens, des intentions, des raisons. Elle appelle l’interprétation, c’est-à-dire « la compréhension intentionnelle des manifestations de la vie qui sont établies de manière durable ».
5) Sociologie et psychanalyse : Pour Weber, la sociologie (compréhensive), avant d’expliquer les conséquences des actions sociales, saisit celle-ci par interprétation. Cette dernière est exigée pour comprendre le sens subjectif que possède l’action. En psychanalyse, Freud se livre à une interprétation des rêves, visant à « décoder » le langage (le contenu manifeste) du rêve qui exprime de manière symbolique les désirs refoulés (sens latent du rêve).
6) La pré-compréhension du monde : Pour Heidegger, le Dasein (l’homme dans ses structures existentielles) est jeté dans le monde, il est toujours déjà en prise avec celui-ci de telle manière qu’il en a d’emblée une pré-compréhension. Il est impossible d’accéder à un prétendu monde objectif antérieur à son interprétation par l’homme. L’attitude théorique est au contraire une dérivation de ce rapport « primitif » au monde qui est constitutif de l’existence.
7) Interprétation et tradition : Comprendre une œuvre d’art pour Gadamer, c’est interpréter un sens passé dans une expérience présente, du point de vue de notre tradition. Gadamer s’oppose à la critique de la tradition par les penseurs des Lumières. Se défaire de nos préjugés est impossible en ce qu’ils sont la condition de possibilité de la compréhension. La tâche de l’herméneutique est bien plutôt d’interroger ces préjugés
8) L’interprétation comme phénomène vital : Nietzsche affirme qu’il est impossible de découvrir des « faits bruts ». Tout rapport aux choses est d’emblée interprétatif en tant qu’il est nécessairement affectif. Un tel rapport s’enracine dans nos besoins, nos intérêts ; il se réalise en fonction d’une structure pulsionnelle, d’une hiérarchie d’instincts en lutte. L’explication unique d’un phénomène est nécessairement un mensonge masquant la multiplicité des phénomènes.
9) Les interprétants : Pour Peirce, l’interprétation est un moment essentiel dans le processus de la signification. Elle est le domaine des effets du signe. L’interprétant (l’effet) peut-être de nature émotive, énergique, logique. Le signe est ainsi source de sentiments, d’actions, de représentations.