La guerre d’Algérie et la fin de la IVème République
1) La IVème République dans l’impasse
Edgar Faure, un autre radical, mais adversaire de Mendès France, forme le nouveau gouvernement, autour d’une majorité de centre droit. Il continue la même politique que Mendès France mais le pays n’a plus confiance en ces gouvernements éphémères et peu puissants. Son gouvernement doit faire face à une double opposition :
A gauche : A l’appel de Mendès France, resté très populaire, se forme un mouvement «mendèsiste» qui attire de nombreux éléments qui se sentent mal à leur aise dans les partis traditionnels.
A l'extrême-droite : Se développe l'opposition du mouvement poujadiste qui reprend les thèmes classiques de l’antiparlementarisme et de l’antisémitisme (Mendès France est juif). Ce mouvement connaît un succès de courte durée mais qui reflète parfaitement bien l’hostilité que suscite la IVème République.
Edgar Faure veut prendre de vitesse ces deux courants d’opposition et décide d’avancer la date des élections législatives. Ainsi, fin novembre 1955, il dissout l’Assemblée en espérant obtenir une majorité plus cohérente après les élections.
2) Les élections de janvier 1955 et le gouvernement de Guy Mollet
En vue des élections de janvier 56, Mendès France et la SFIO forme un Front Républicain dont le PCF souhaite la victoire, face à la menace de l’extrême-droite. Les élections confirme une brillante victoire de la gauche : les communistes obtiennent 150 sièges, le Front Républicains (socialistes + radicaux) 170 sièges mais les socialistes sont plus nombreux, les poujadistes emportent 52 sièges. Le Président René Coty doit donc choisir un Président du Conseil dans le parti politique de gauche le plus important. La logique aurait voulu qu’il soit communiste puisqu’à gauche c’était le parti le plus représenté, mais en fait Coty choisit un socialiste, Guy Mollet, ce qui démontre une nouvelle fois la faiblesse des institutions de la IVème République.
Guy Mollet annonce une nouvelle politique :
Sur le plan social (voir cours sur économie, société et culture française depuis 1945) : troisième semaine de congés payés, retraite aux vieux travailleurs...
Sur le plan politique étrangère : un certain désengagement par rapport aux EUA avec plusieurs voyages officiels en URSS, en Inde et en Egypte. C’est le gouvernement Guy Mollet qui adhère à la création du Marché commun européen (ancêtre de l’Union Européenne)
Sur le plan politique coloniale : achèvement de la politique menée par Mendès France en 1954, indépendance de la Tunisie et du Maroc. Ebauche de la décolonisation en Afrique noire francophone par le vote de la Loi cadre (de Gaston Deferre) qui accorde une certaine autonomie aux colonies d’Afrique noire.
Mais ces diverses politiques passent plus ou moins inaperçues face au problème algérien.
3) Le problème algérien
Le programme du Front Républicain était de mettre fin à la guerre d’Algérie par des réformes et des négociations. En février 56, G. Mollet se rend à Alger afin de mettre en place un nouveau gouverneur libéral. Conspué par les pieds-noirs, il fait machine arrière et remplace le gouverneur libéral par René Lacoste, un socialiste dur qui tente de mettre en œuvre une politique en trois temps répondant aux angoisses des pieds-noirs : «Cessez-le-feu, élections, négociations». La France accepte donc ne négocier le sort de l’Algérie, mais avec des interlocuteurs issus d’élections libres qui ne seront possibles qu’une fois instauré le cessez-le-feu, c’est-à-dire en clair le FLN vaincu. Priorité est donc donnée à l’action militaire. C’est la guerre à outrance. Les troupes engagées sur le terrain voient leur effectif passer en quelques mois de 200 000 à 400 000 soldats. Le gouvernement G. Mollet mène donc une politique tout fait contraire à ses engagements.
Les dernières velléités de négociations s’évaporent lorsque le gouvernement couvre, en octobre 1956, une initiative de l’armée française d’Algérie qui détourne l’avion de plusieurs dirigeants du FLN, dont Ben Bella, avec lesquels la France étaient en contact depuis l’été 1956, puis procède à leur arrestation. Dans le même temps, la France pousse le Royaume-Uni à entreprendre l’expédition de Suez contre l’Egypte qui soutient le FLN. Cette politique coloniale discrédite la France sur le plan international. L’opinion publique française est de plus en plus hostile au gouvernement d’autant plus que les dépenses militaires alourdissent les impôts et relancent l’inflation. Le Front Républicain ne tarde donc pas à se diviser et le gouvernement est finalement renversé en mai 1957. Les gouvernements suivants sont favorables à une solution négociée mais n’ont pas l’autorité nécessaire pour s’imposer aux colons et à l’armée française d’Algérie.
Les pieds-noirs de leur côté veulent une Algérie française et sont tout à fait opposés à quelque négociation que ce soit avec le FLN. Ils veulent en France un régime fort capable de maintenir l’Algérie dans le giron de la France. C’est dans ce contexte de la guerre d’Algérie, qu’en mai 1958 s’ouvre une véritable crise de régime.
4) 13 mai 1958, le retour du Général De Gaulle
Le 13 mai 1958, un nouveau chef de gouvernement doit être investi. Il s’agit de Pierre Pflimlin, dont on sait qu’il est favorable à une solution négociée avec le FLN. Cette investiture provoque la colère des pieds-noirs d'Alger qui s’insurgent et s’emparent des bâtiments du gouverneur général, avec la complicité d'une petite partie de l’armée française d’Algérie. Un Comité de Salut public de l’Algérie Française se met en place avec à sa tête le général Salan, commandant en chef des forces françaises en Algérie. Ce dernier est nommé par la métropole comme délégué général en Algérie avec les pleins pouvoirs civils et militaires. Le 15 mai, poussé par les gaullistes et des militaires, le général Salan réclame le retour au pouvoir du général De Gaulle.
Durant toute la fin mai, les pressions pour le retour de de Gaulle au pouvoir se précisent. Le coup de grâce est donné le 1er juin 1958 lorsque le Président René Coty menace de démissionner si de Gaulle n’est pas investi comme chef du gouvernement. Après avoir été investi comme Président du Conseil, De Gaulle reçoit le 3 juin les pleins pouvoirs pour 6 mois et le droit de préparer une nouvelle Constitution.
La IVème République s’effondre sous le poids de la guerre d’Algérie.