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Révision Bac - Les idées de Jean-Jacques Rousseau - Fiche Français - Term S

Les idées de Jean-Jacques Rousseau

Le mythe de l'état de nature

Dans Discours sur les Origines et les Fondements de l'Inégalité parmi les Hommes (1755),  Rousseau démontre que l'inégalité qui régit les rapports humains est le produit de la société. Selon lui, l'homme naît naturellement bon, c'est la société qui le corrompt. De la propriété provient l'inégalité et la mal. Les Confessions, sont en quelque sorte l'illustration de cette théorie, dans la mesure où Rousseau y exprime une certaine rancoeur contre la société en général. «Ma naissance fut le premier de mes malheurs», écrit-il dés les premières pages. Toute la suite semble tendre à prouver qu'enfant, puis adolescent, épris de vertu il a été perverti par la société. C'est le sens du fameux épisode du peigne brisé  qui relate une prise de conscience de l'injustice (en pension chez le pasteur Lambercier, Jean-Jacques est accusé injustement et reçoit en punition, une fessée qu'il n'a pas méritée). C'est le premier apprentissage de l'âge d'homme, de l'imperfection du monde adulte et la fin de l'âge d'or de l'innocence.

On voit ainsi se dessiner dans l'oeuvre deux mondes séparés: celui de l'enfance, largement idéalisé par Rousseau, et celui des adultes, dont il dresse le plus noir des tableaux. Rousseau s'incarne sous les traits d'un être à l'innocence déchue.

Il illustre ainsi par un exemple concret (le sien), sa théorie générale sur l'opposition entre la nature (à laquelle se rattache l'enfant qui ne possède que sa bonté naturelle et sa vertu primitive) et la société (le monde des adultes avec ses vices)
 
Rousseau, le premier psychologue moderne

On peut considérer Rousseau, du fait de la recherche qu'il entreprend sur lui même, comme le premier psychologue moderne. Ainsi les Confessions, sont moins le récit objectif d'une vie (des mémoires) qu'une tentative d'introspection visant à faire comprendre l'évolution d'un individu, à expliquer ce qu'il est par rapport à ce qu'il a été. Certains épisodes et certains aspects du comportement peuvent par ailleurs être analysés et plus facilement compris par le biais de la psychanalyse.

Parce qu'il souligne l'importance de l'enfance dans la formation de la personnalité, Rousseau préfigure et annonce en effet cette discipline. Les psychanalystes ont tenté, en retour, d'expliquer le comportement amoureux de Rousseau. Ils ont ainsi mis en évidence le fait que celui-ci se sent coupable de la mort de sa mère. Celle-ci le culpabilise: «je coûtai la vie à ma mère», écrit-il au début du livre I. Son père a sans doute renforcé plus ou moins consciemment ce sentiment de culpabilité. Dès lors, la conduite de Jean-Jacques est souvent orientée autour de la volonté d'être châtié, corrigé:  ou bien celle de demander pardon. C'est un aspect important, parmi d'autres, des Confessions.

Mais d'un autre côté, la psychanalyse se méfie un peu de l'autobiographie. Pour elle, le sujet a souvent construit des objets pour satisfaire ses intentions imaginaires. Freud souligne d'ailleurs à propos d'un souvenir d'enfance raconté par Goethe, que lorsqu'on raconte ce qui nous est arrivé dans la toute première enfance, on est souvent amené à confondre ce que d'autres nous ont raconté avec ce que nous possédons réellement de par notre propre expérience.
 
Vers la sincérité et la vérité
 
On assiste, avec les Confessions, à la naissance d'un genre littéraire qui deviendra un classique. Rousseau insiste sur sa volonté de tout dire. Il prétend ne rien dissimuler. Ainsi, dans le domaine de la sexualité, il avoue des choses qu'il préférerait laisser sous silence (penchant masochistes , tendances exhibitionnistes...)

En fait, les Confessions font entendre deux voix en alternance: celle de la narration poétique et romanesque dans le récit des épisodes, et celle de l'analyse critique, qui ajoute aux événements une interprétation. L'une est la voix du passée, l'autre celle du présent. Or les deux sont souvent liées. Le travail de la mémoire consiste à expliquer ce qu'il est devenu par ce qu'il a été. Son éducation et ses années d'enfance et d'adolescence aident à comprendre sa personnalité.

Cette forme d'introspection du moi, servie par une grande lucidité et une grande profondeur d'analyse, invente avant l'heure la psychanalyse moderne. Au-delà du propos originel de l'auto-justification, elle donne aux Confessions une dimension universelle: celle d'un formidable document humain sur la complexité de l'âme.

Sincérité et vérité: les limites
 
D'abord, il est impossible de tout raconter (il faudrait des milliers de pages) et les imprécisions de la mémoire interviennent aussi. L'oeuvre est écrite assez tardivement par rapport aux événements qu'elle relate (en particulier pour les premiers livres qui racontent l'enfance et l'adolescence) et porte la trace de ce décalage: deux êtres coexistent en un seul de part et d'autre du temps: le jeune Jean-Jacques, à l'âme romanesque et enthousiaste, et le Rousseau vieillissant, nostalgique et mélancolique, qui donne aussi son point de vue sur les événements.

Consciemment ou non, le narrateur fait subir à la vérité des distorsions: il va par exemple s'attarder sur certains événements heureux et passer plus rapidement sur d'autres. Il dramatise parfois des incidents sans importance ou idéalise des situations vécues. Dans les relations avec Mme de Warens, par exemple, on remarque qu'à chaque fois, c'est elle qui prend l'initiative de s'éloigner de lui. Est-ce qu'elle tient tant à sa compagnie ? Toujours est-il que Rousseau fait des premiers livres un roman d'amour dont l'héroïne est Mme de Warens. En outre, il insiste tant sur ses faiblesses qu'on peut, par moments, le soupçonner de quelque exagération, liée au fait qu'il se sentait persécuté. Les tendances paranoïaques de l'écrivain transparaissent, aussi dans une certaine mesure, dans l'oeuvre. Le lecteur est amené à faire la part des choses.

En fait, les Confessions sont un ouvrage de bonne foi. Mais le narrateur oscille sans cesse entre la volonté d'être sincère et le désir de se justifier et de présenter sa propre vision des choses.

D'un autre côté, en fournissant un témoignage authentique d'un être sur lui-même, Rousseau veut aussi nous faire réfléchir sur l'humanité en général. Selon lui, son ouvrage qui, «peut servir de première pièce et de comparaison pour l'étude des hommes, qui certainement est à commencer»  prend donc un caractère universel.

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