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Les campagnes au XVIIIºs

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Ed. Bordas
Date de parution : 06/03/2008

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Les campagnes au XVIIIème siècle

 

A/ L'Univers des paysans

1) Le cadre juridique : la seigneurie

En 1789, le royaume de France compte 22 à 23 millions de ruraux qui représentent 85% de la population totale (petite noblesse, bas clergé, artisans et bourgeoisie rurale inclus). Les paysans représentent à eux seuls 65% de la population, soit plus ou moins 16 millions d'habitants. 95% de ces paysans sont libres mais soumis aux droits féodaux et seigneuriaux.

La plupart des terres dépendent d'une seigneurie qui se compose de la réserve ou domaine directement "exploité" par le seigneur et des tenures sur lesquelles le seigneur perçoit une redevance en argent (le cens) et une redevance en nature (le champart).

La tenure est une véritable propriété héréditaire à condition que, si elle change de propriétaire, le nouveau propriétaire paye les droits de "lods et ventes" au véritable propriétaire de la terre qui est le seigneur.

Outre les journées obligatoires de travail sur la réserve (les corvées), le paysan est obligé d'utiliser le moulin, le four, le pressoir du seigneur (les droits banaux ou les banalités).

La seigneurie est un territoire où s'exerce l'autorité absolue du seigneur qui, par son droit de justice, a droit de vie et de mort sur ses sujets.

Le seigneur peut être un noble, une communauté religieuse mais aussi un riche bourgeois qui peut acheter une seigneurie et ainsi en percevoir tous les droits.

2) Le cadre de la vie quotidienne du paysan au XVIIIºs.

C'est avant tout sa famille. Une famille patriarcale ou les initiatives individuelles sont complètement étouffées.

Toutes les familles d'un village font partie de la communauté villageoise qui se confond avec la paroisse, l'unité de base de la vie religieuse.

La vie du village (pratiques et contraintes collectives : rotation des cultures, entretien des chemins, nomination du maître d'école, du garde-champêtre, du collecteur d'impôts...) est règlementée par des assemblées de village dominées par les notables ruraux, élus comme "consuls" pour un an et dont les ambitions entravent la plupart du temps les pratiques communautaires ce qui affaiblit la cohésion de la communauté villageoise.

Le cadre de vie du paysan est donc constitué par sa famille, sa communauté villageoise, sa paroisse et sa seigneurie. Il ignore complètement les limites des circonscriptions administratives (gouvernement, intendance), judiciaires (baillages et sénéchaussées), fiscales (les généralités qui se divisaient en "pays d'élections" administrés par des élus, et en "pays d'Etats" administrés par des représentants des trois états et en "pays d'imposition", territoires conquis au XVIIIºs. et qui conservaient leur système fiscal).
A la fin du XVIIIºs, le paysan se définit comme languedocien, breton ou picard, mais non pas comme français.


B/ Le paysan

La plupart des paysans sont propriétaires mais ne possèdent en faire valoir direct que de petites parcelles (moins de 2 ha). Ils sont donc obligés de cultiver la terre d'autrui comme fermiers, métayers ou salariés agricoles ; parfois, ils sont aussi artisans. Mais plus que la propriété, c'est l'exploitation qui définit les différentes catégories de paysans.

1) Un monde hétérogène

Les grands exploitants, qui possèdent environ 20 ha, charrue et attelage, sont les laboureurs, véritables notables des campagnes qui jouent un rôle très important dans les assemblées villageoises.

Les petits exploitants, qui possèdent environ 5 ha, sont obligés d'être fermiers mais le plus souvent métayers. Leurs conditions de vie sont précaires. Leur niveau de vie dépend de la conjoncture économique.

Les paysans sans terre vivent de leurs mains et de leurs bras. Ils représentent les 3/5 du monde paysan, constituant ainsi un énorme prolétariat permanent, occasionnel ou saisonnier. Grâce aux communaux et au droit de vaine pâture, ils possèdent parfois quelque bétail. Les paysans sans terre sont les plus attachés aux pratiques communautaires.

2) La condition paysanne au XVIIIºs.

L'augmentation de la production agricole a pratiquement fait disparaître les famines. L'amélioration du réseau routier a permis un meilleur ravitaillement. Le faible nombre de guerres et d'épidémies, en comparaison avec le siècle précédent, a permis la croissance démographique. Enfin, du fait d'un plus grand nombre d'écoles rurales, l'analphabétisme tend à régresser.

Mais les contrastes régionaux restent violents. Le Nord-est s'oppose au Sud-Ouest qui connaît des conditions de vie beaucoup plus difficiles. La grande misère des journaliers se traduit par un développement du nombre des errants, des vagabonds et des mendiants.

Les paysans sont les principales victimes du fisc. En effet, ils paient :

  • des impôts royaux : taille, capitation, vingtième...
  • des impôts écclésiastiques : dîme...
  • des impôts seigneuriaux : cens, champart, lods et ventes, corvées, banalités...
  • des impôts indirects : gabelle, aides, traites...

L'une de leurs principales revendications est l'égalité devant l'impôt.


C/ L'ancien régime agraire

Du fait du poids des traditions dans les techniques, les systèmes d'assolement et les choix des cultures, le monde agricole se caractérise par une grande inertie où toute innovation est difficile.

1) La permanence des structures traditionnelles

Au XVIIIºs., le paysan cultive pour subsister et non pour vendre. Les cultures sont pour l'essentiel des céréales (blé, seigle, avoine), mais leur rendement est médiocre car les semences sont de mauvaise qualité, les labours insuffisamment profonds, et les engrais inexistants. Dans les meilleures régions, pour 1.5 quintal planté, le paysan récolte 9 quintaux, mais dans la plupart des cas, la récolte tourne autour de 3 à 5 quintaux seulement.

L'outillage reste rudimentaire, pas de charrue, ni d'attelage, sauf chez les laboureurs. L'araire reste l'instrument fondamental qui ne permet pas de labours profonds. La faux, bien que connue, est moins utilisée que la faucille (moins de perte). Le battage du grain se fait au fléau ou par foulage des épis par les animaux.

La jachère subsiste, ce qui explique qu'une grande partie du terroir agricole soit sous-exploité. L'assolement biennal ou triennal est monnaie courante.

Le cercle vicieux de la jachère

JACHERE

FUMURE INSUFFISANTE
FAIBLESSE DE LA PRODUCTION

BETAIL INSUFFISANT TOUT LE TERROIR EN GRAIN

PEU DE PRAIRIE


L'assolement triennal :

1ère année

2ème année

3ème année

SOLE 1

Céréales d'hiver

Céréales de printemps

Jachère

SOLE 2

Céréales de printemps

Jachère

Céréales d'hiver

SOLE 3

Jachère

Céréales d'hiver

Céréales de printemps


2) Les systèmes de cultures

Les systèmes d'assolement varient d'une région à l'autre.

Les pratiques communautaires sont plus nettes dans les régions d'openfield qui pratiquent l'assolement triennal. Il y est interdit de clore et les récoltes se font en commun.

Dans les régions de bocage, des haies limitent les parcelles et la prédominance du métayage y entrave les pratiques collectives.

Dans les régions méditerranéennes, ce sont le climat et le relief, et non l'homme, qui déterminent la répartition des cultures. L'assolement peut y être sexenal, ce qui explique l'importance de l'élevage extensif des ovins et des caprins. Dans les vallées et les plaines littorales, se développe une polyculture d'autoconsommation basée sur la culture des céréales, de la vigne, des fruits et de l'olivier.

Le monde agricole du XVIIIºs est donc un monde en apparence immobile. Mais la production augmente de plus de 20% tout au long du siècle. L'explication réside en partie dans le fait que petit à petit de profondes mutations modifient l'ancien régime agraire.

 
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