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Les mutations du monde rural

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Ed. Bordas
Date de parution : 06/03/2008

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Les mutations du monde rural

 

1) Les idées nouvelles

Au cours du XVIIIºs., des "esprits éclairés" de la noblesse, de l'église ou de la bourgeoisie se passionnent pour la recherche agronomique. Se développent alors des sociétés agricoles, des
publications, des fermes expérimentales dont la plus célèbre est certainement le Petit Trianon de la reine à Versailles.

Ce sont les physiocrates, des théoriciens respectueux des "lois naturelles", qui préconisent des mesures pour faire progresser l'agriculture. A leurs yeux, il est nécessaire de valoriser l'individualisme, supprimer la jachère, les pratiques collectives, les droits communautaires, développer les prairies artificielles et partager les communaux.

Certaines de ces mesures sont très progressivement appliquées dans la seconde moitié du XVIIIºs., au grand mécontentement des paysans les plus pauvres.

2) Les progrès de l'agriculture

Malgré l'opposition aux réformes et aux idées nouvelles, dès 1720, l'agriculture connaît un essor important du fait surtout de la suppression progressive de la jachère, du développement des défrichements et de l'introduction de nouvelles cultures comme la pomme-de-terre. L'amélioration du réseau routier permet de développer les possibilités de stockage et entraîne la spécialisation agricole de certaines régions.

L’augmentation de la population entraîne une véritable "soif de terres", ce qui explique le développement des défrichements. L'augmentation de la production est surtout le fait de la
suppression de la jachère remplacée par des plantes fourragères (trèfle, luzerne) ou de nouvelles cultures (pomme-de-terre, maïs). La vigne, les fruits et les légumes se développent dans le midi qui connaît aussi d'importants progrès de l'élevage.

Mais ces progrès ne touchent pas l'ensemble du royaume (l'ouest reste à l'écart) et ne profitent en fait qu'à l'élite rurale. L'augmentation de la population a même aggravé la situation de la grande masse des paysans pauvres qui fuient les campagnes, alimentant un fort exode rural en direction des villes.



LES VILLES ET LA VIE URBAINE AU XVIIIºs :

La croissance démographique et le développement économique entraînent des changements importants dans les villes.


A/ Le cadre urbain

1) La croissance des villes au XVIIIºs.

En 1789, la population urbaine représente 16% de la population totale. L'essor des villes, commencé au XIIº et au XIIIºs., se poursuit au XVIIIºs.

Entre 1725 et 1789, la population a cru de 40%, alors que dans le même temps la population rurale n'a cru que de 15%. Cet essor urbain est non seulement dû à l'accroissement naturel, mais aussi à l'exode rural de plus en plus important.

2) La transformation des villes

La croissance de la population urbaine est à l'origine d'un nouvel urbanisme dans lequel le pouvoir royal intervient de plus en plus malgré les protestations des autorités locales (constructions de logements, de bâtiments publics comme les halles, les hôpitaux, ou les théâtres).

La ville du XVIIIºs se développe non seulement en hauteur mais aussi en superficie, par la construction de maisons à étages dans les vieux quartiers et par le développement de faubourgs à la périphérie où viennent s'entasser les prolétaires.

Les rues des grandes villes s'élargissent, les maisons construites sur les ponts sont démolies, les bras de rivière sont comblés ou canalisés. Des innovations font leur apparition comme l'éclairage public, le marquage des rues, le numérotation des maisons, et même les trottoirs (1781 à Paris).

3) Les fonctions urbaines

La fonction résidentielle :
La ville est le lieu de résidence de nombreux propriétaires ruraux (nobles, ecclésiastiques, bourgeois).

La fonction commerciale : La ville est un lieu d'échanges régionaux ou internationaux très important, d'où l'importance des marchés (Lyon, Toulouse) et des ports (Marseille, Bordeaux,
Nantes, Rouen).

La ville fait travailler l'artisanat rural sur commande des commerçants-fabricants urbains.

La fonction administrative : la ville est le lieu où résident les autorités administratives.

La fonction militaire prédomine parfois dans certaines villes (Brest, Toulon par exemple).

La fonction industrielle caractérisent des villes comme Lyon ou Lille.

Quant à Paris, la capitale du royaume, elle réunit toutes les fonctions.


B/ Le monde des rentiers, des commerçants et des financiers

En ville, on rencontre une très grande diversité sociale. Mais la hiérarchie urbaine est dominée par de grandes fortunes liées au monde de la finance, de la rente, de l'administration ou du commerce. La bourgeoisie manufacturière n'en est qu'à ses débuts car c'est le capitalisme commercial qui domine.

1) L'aristocratie urbaine

La noblesse qui vit dans des hôtels particuliers et qui possèdent d'importants domaines ruraux bénéficie non seulement de solides revenus mais aussi du prestige par leur titre et les emplois d'Etat qui lui sont réservés. La noblesse investit dans le négoce (compagnies maritimes surtout) et dans l'industrie (métallurgie).

La prépondérance nobiliaire s'affirme partout, à Toulouse, par exemple, elle représente 63% de la richesse. La noblesse s'adonne à des activités culturelles telles que des académies de sciences ou d'arts, ou bien encore des sociétés de pensées.

2) La haute bourgeoisie

Très proche des nobles par leur train de vie, la haute bourgeoisie se divise essentiellement en bourgeoisie financière et en bourgeoisie commerçante auxquelles il faut ajouter les professions libérales (avocats, notaires, médecins...).

Dans les ports, c'est la bourgeoisie des négociants et des armateurs qui l'emporte et qui stimule l'industrie textile par exemple.

La haute bourgeoisie a un train de vie fastueux (hôtels particuliers, manoirs à la campagne). Elle domine la vie politique locale et veut accéder à la noblesse et non la supprimer.

3) La moyenne bourgeoisie

Elle est composée d'éléments très divers : propriétaires fonciers, rentiers, détenteurs de petits offices (fonctionnaires, hommes de loi, professions libérales...).

La moyenne bourgeoisie est importante dans les petites villes (Chartres, Grenoble...) où elle représente 1/5 de la population. Elle vit en appartements avec un domestique et économise pour que ses enfants accèdent à l'échelon social supérieur.


C/ Le monde "industriel"

1) L'artisanat rural au service de la ville

Au XVIIIºs., l'artisanat domine. Le travail humain est prépondérant car il y a peu de machines. De véritables industries rurales dépendantes de la ville apparaissent avec les négociants-entrepreneurs qui fournissent la matière première et qui récupèrent le produit fini (coton puis drap par exemple) dont ils assurent eux-mêmes la vente. Ces négociants trouvent
dans les campagnes une main-d'oeuvre docile et bon marché.

2) L'artisanat urbain

Il est très règlementé par les corporations qui s'appuient sur une hiérarchie interne très rigide. Nombreux sont les artisans qui demeurent au stade de compagnons. Dans la seconde moitié 
de XVIIIºs., le système corporatif est très critiqué. On l'accuse d'entraver le progrès technique (refus de toute innovation) et la libre concurrence (la maîtrise étant réservée à une élite fortunée et aux propres fils de maître). Les corporations disparaîtront avec la Révolution (1791).

3) Manufacturiers et industries nouvelles

Il y a peu de grands établissements industriels, mais quelques manufactures regroupent déjà une main-d'oeuvre importante (Les Gobelins ou la manufacture de Sèvres à Paris par exemple).

Les grandes industries modernes font leur apparition comme les houillères (Saint-Etienne), la métallurgie (Le Creusot), où la première coulée de fonte a lieu en 1785. La machine à vapeur
(de Watt) fait son apparition en Angleterre dans la métallurgie et le textile.

4) La condition ouvrière au XVIIIºs.

Maîtres, compagnons, apprentis et salariés des manufactures vivent de manière fort diverses.

Certains maîtres, artisans ou boutiquiers atteignent une certaine aisance qui les rapprochent de la petite bourgeoisie composée de rentiers et d'employés. Mais ils doivent faire face aux revendications ouvrières de plus en plus pressantes malgré les corporations.

Les compagnons sont organisés en associations d'entraides et de résistance qui ont une grande force puisqu'elles contrôlent l'embauche. Elles peuvent avoir recours à la grève et aux manifestations. Ces associations inquiètent les autorités qui en 1781 établissent le livret ouvrier qui annonce une intervention croissante de l'Etat en faveur des employeurs et que la 
Révolution poursuivra en établissant en 1791, la Loi Le Chapelier qui interdit toute association ouvrière.

Avec le développement des manufactures et des grands ateliers, apparaît le prolétariat industriel dont les conditions de vie sont précaires. La richesse décroît au fur et à mesure que l'on gravit les étages d'un immeuble. Les quartiers résidentiels s'opposent aux quartiers populaires. En villes nombreux sont aussi les mendiants de toute sorte.

La ville est le lieu par excellence des inégalités sociales où le grand luxe côtoie en permanence la misère la plus noire.

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