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La Méditerranée au XIIème siècle (2)

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Date de parution : 06/03/2008

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La Méditerranée au XIIème siècle (2)



L’ORIENT BYZANTIN ET LE MONDE MUSULMAN



Après le règne de Justinien (518-565) et la reconquête d’une partie de l’Occident, l’histoire de l’Empire byzantin est une longue suite de reculs devant les divers envahisseurs et de reconquête partielles.

Au VIIe siècle, Byzance perd la Syrie et l’Egypte, occupées par les musulmans qui, par deux fois, en 678 et en 718, mettent le siège devant Constantinople. Au nord, le danger vient des Bulgares que l’empereur Basile II élimine définitivement en 1014.

Tandis que, pour résister aux assauts de ses ennemis, l’empire d’Orient se transforme en un vaste camp militaire, il est la proie de difficultés internes et se trouve déchiré par la querelle des images. Opposant les adorateurs des icônes et des reliques à leurs adversaires "icônoclastes", celle-ci ne prendra fin qu’en 843. En revanche, à partir des dernières décennies du IXe siècle et jusqu’à la fin du siècle suivant, l’Empire connaît un second âge d’or sous le règne d’empereurs actifs, presque tous d’origine arménienne.

C’est au milieu du VIIe siècle que les tribus bédouines d’Arabie, auxquelles le prophète Mahomet a prêché une nouvelle religion, l’Islam, se sont ébranlées pour entreprendre la conquête d’un immense empire qui, en un siècle, s’étend sur toute une partie du monde méditerranéen et du Moyen-Orient jusqu’à l’Indus. Toutefois, l’Empire musulman, qui est porteur d’une civilisation aussi brillante que celle de Byzance, et qui est gouverné par les califes omayyades de Damas jusqu’en 750, puis par les Abbassides de Bagdad, ne tarde pas à se morceler en califats rivaux. Au XIe siècle, ceux-ci subissent à leur tour les assauts de nouveaux adversaires : Almoravides et Almohades berbères en Afrique du Nord et Turcs seldjoukides à l’est.

Depuis la fin du XIe siècle, de fortes pressions s’exercent sur les frontières de l’Empire Byzantin : celles des Normands le long du littoral adriatique et celle des Turcs - petchenègues et seldjoukides, ces derniers écrasant en 1071 à Mantzikiert l’armée de l’empereur - en Thrace et en Asie Mineure. Derrière une façade qui reste brillante se prépare la crise finale.



I. LE MONDE BYZANTIN AU XIIe SIECLE


A/ L’empire byzantin : organisation politique et sociale

L’Empire byzantin s’est doté d’une organisation politique et sociale originale.

1) Le pouvoir de l’empereur byzantin

Souverain de droit divin, l’empereur byzantin détient un pouvoir absolu. C’est un personnage sacré, que l’on représente toujours la tête entourée d’un nimbe comme les saints. Cela signifie qu’il fait l’objet d’un véritable culte. Lorsqu’il paraît, on répend de l’encens et on se prosterne devant lui.

En 630, l’empereur Héraclius abandonne le titre d’empereur pour celui de Basileus (titre qui signifie "Grand Roi"), ce qui souligne la transformation de l’héritage romain en un empire "grec" d’Orient.

L’Empereur est un monarque chrétien qui reçoit sa couronne du patriarche de Constantinople et exerce directement son autorité sur l’Eglise.

Toutefois, le pouvoir de l’empereur est constamment menacé par les intrigues, les ambitions des chefs de l’armée, les résistances du clergé face à la politique religieuse. Toutes ces tensions favorisent les révoltes dans les provinces mais surtout à Constantinople.

2) L’administration et l’armée, piliers de l’ordre impérial

Le Palais impérial est le coeur de l’administration centrale. C’est là que le basileus tient ses conseils politiques, rend la justice, fait expédier ses ordres, sa correspondance et ses messages vers l’étranger.

Les fonctionnaires, tous nobles de par leur charge, sont très étroitement liés à l’empereur.

Les provinces sont de vastes circonscriptions qui ont à leur tête un chef militaire, le stratège, qui détient également le pouvour civil et militaire.

L’armée a été organisée au Xe siècle. Elle est composée par les corps de la garde impériale, formés de Grecs et de mercenaires barbares, et en unités régionales, composées essentiellement de soldats-paysans mais aussi de mercenaires. Les corps d’élite de l’armée sont constitués par la cavalerie

Byzance dispose aussi d’une très puissante flotte.

3) L’organisation sociale de l’empire

L’élite de la société byzantine est constituée par la noblesse militaire constituée par de grands propriétaires terriens, mais aussi par les membres du clergé et les hauts fonctionnaires de l’Etat.

Le développement de la grande propriété s’accompagne de l’appauvrissement et de la disparition de la classe des moyens et petits propriétaires qui constituaient jusqu’au Xe siècle la base du recrutement de l’armée. Désormais le nombre des paysans libres diminue. Ceux-ci deviennent des parèques, paysans qui travaillent les terres de l’empereur ou des grnds propriétaires. Ils sont accablés d’impôts.

Face à la menace des Turcs, des Normands, à la concurrence commerciale des Vénitiens, de nombreux artisans et négociants byzantins sont ruinés. Ce sont peu à peu des étrangers qui exercent ces activités.

B/ L’empire byzantin : religion et culture

La rupture avec Rome en 1054, l’héritage grec et les influences de l’Orient donne à l’empire byzantin une grande originalité.

1) La vie religieuse

Les populations de l’empire sont très croyantes. Les moines jouissent d’une très grande popularité. Pendant des siècles, les foules se sont passionnées pour les questions théologiques (science des religions), la nature du Christ, le culte des images : les icônes.

Dans l’empire byzantin, les prêtres peuvent se marier, la communion se fait avec du pain et du vin alors que dans l’église romaine au pain seulement. Le Patriarche de Constantinople se veut l’égal du Pape de Rome.

Alors que le Pape est à la tête d’une Eglise et d’un Etat souverain, le patriarche de Constantinople n’a pas de territoire propre et l’empereur occupe le premier rend dans la hiérarchie écclésiastique.

2) L’éclat de la civilisation byzantine

De tout temps, les ouvrages de l’Antiquité grecque ont été recopiés ou conservés dans de riches bibliothèques. La culture byzantine est avant tout une culture de reproduction. Elle n’a pratiquement rien créé d’original.

Il est à noter toutefois que le génie byzantin s’est manifesté dans le domaine de l’enseignement du droit, de l’histoire et de l’hagiographie (texte relatant la vie des saints).

L’art byzantin connaît son âge d’or au XIe et au XIIe siècle. L’art byzantin est un mélange d’influence classiques, hellénistiques et orientales. C’est surtout dans l’art religieux que les byzantins brillent (église à croix grecque, surmontée par une grande coupole et aux quatre angles par des coupoles plus petites). Les églises byzantines se caractérisent par une décoration intérieure très fastueuse (marbre, fresques et mosaïques). Généralement les figures représentées sont dominées par la figure du Christ-Roi, Pantocrator, entouré des anges et des prophètes.

L’influence de l’art byzantin s’est largement étendue à l’Europe centrale et même dans l’occident chrétien (nord de l’Italie, Ravenne et Venise).



II. LE MONDE MUSULMAN AU XIIe SIÈCLE


A/ Le monde musulman : religion et société

1) L’Islam, ciment de la civilisation musulmane

Divisé depuis le VIIIe siècle en principautés indépendantes (les califats) et souvent rivales, le monde musulman doit son unité à sa religion : l’islam.

Cette religion se fonde sur un certain nombre de préceptes qui ont été consignés après la mort du prophète Mahomet dans le Coran, livre sacré composés de 114 chapitres écrits en prose rimée (sourates) eux-mêmes divisés en versets. Les ressemblances avec la Bible sont nombreuses : croyance en un seul dieu unique et tout-puissant (Allah), créateur du ciel, de la terre et de l’homme.

Tout musulman doit accomplir un certain nombre de pratiques (5) : la profession de foi, la prière, l’aumône, le pèlerinage à La Mecque et le jeùne du mois de ramadhan (neuvième mois de l’année). Les musulmans ne doivent pas boire de vin ni d’alcool, consommer de la viande de porc, s’adonner aux jeus de hasard. Il est demander aussi au croyant de participer, si les circonstances l’exigent, à la Guerre sainte (Djihâd).

L’Islam n’a pas de prêtres. Tout croyant peut prier tout seul n’importe où en direction de La Mecque. Les musulmans peuvent pratiquer leur culte dans des mosquées, qui sont non seulement des lieux de prière mais aussi des écoles, des tribunaux, des lieux de réunions ou tout simplement de rencontre.

L’originalité de l’islam tient à l’existence d’une loi unique : la Charï’a. Elle repose sur les préceptes du Coran et sur l’interprétation qu’en font les docteurs de la loi musulmane. Elle comprend l’ensemble des prescriptions, recommandations, permissions, interdictions relatives aux actions humaines dans tous les domaines de la vie religieuse, sociale, politique, domestique et individuelle.

Mahomet, contrairement au Christ qui a voulu séparer la religion de l’Etat, les a indissociablement mêlés.

2) La vie politique et sociale

Au XIe et XIIe siècle, le monde musulman est morcelé.

Les califes, héritiers du Prophète, sont des chefs religieux qui détiennent tous les pouvoirs. Ils vivent dans des palais (Bagdad, Le Caire, Courdoue) qui rapelle la cour byzantine.

La société musulmane est dominée par une élite formée de deux groupes principaux : dans les campagnes règne une aristocratie de grands propriétaires, en ville, la classe dirigeante est composée de fonctionnaires, dont les charges sont transmises à l’intérieur des clans familiaux, des hommes de religion et de droit, et des négociants.

Le monde musulamn a largement vécu, comme le monde antique, de l’esclavage.

B/ Le monde musulman : vie culturelle et artistique

La vie culturelle et artistique arabe a su s’enrichir de diverses influences pour faire avancer les sciences et les techniques et produire un art original.

1) La civilisationdu désert

Villes et jardins ont été gagnés sur le désert. A l’exception des grandes vallées fertiles (Nil, Mesopotamie), le domaine musulman est constitué de régions arides. Les arabes, nomades, hommes du désert, y ont introduit de nouvelles techniques d’irrigation. Du sud de l’Espagne aux portes de l’Inde, s’est donc dévelopée une agriculture de "jardins".

Les arabes sont aussi de grands bâtisseurs de villes. Autour de la Grande mosquée s’ordonnent les marchés et les quartiers d’habitations, parfois des palais, le tout entouré de muraille fortifiée. La vie y est très animée et les productions artisanales associées à un commerce très vivant assurent la prospérité de villes comme Bagdad, Damas, Le Caire, Cordoue ou Tolède qui, au XIe siècle, ont une population dix ou vingt fois plus nombreuse que la plupart des villes de l’Occident.

2) Les lettres et les sciences

La culture des pays islamisés est le résultat d’un immense brassage. La civilisation musulmane s’est formée à partir d’emprunts faits à l’Empire Byzantin, à la Perse, à la Syrie, à l’Egypte ou à l’Inde.

La littérature, et surtout la poésie, est la seule contribution importante apportée par le peuple arabe. Elle a donné des chefs-d’oeuvres de finesse et de sensibilité dans des langues aussi diverses que l’arabe, le copte ou le persan.

Dans le domaine de la philosophie, les penseurs arabes se sont surtout attachés à diffuser les oeuvres des philosophes grecs.

Dans le domaine scientifique, les savants du monde musulmans ont fait accomplir de considérables progrès à l’astronomie, à la cartographie, à la géographie, à la mécanique, à l’optique, à la médicine et surtout aux mathématiques avec l’introduction du zéro en arithmétique, base du système décimal et la diffusion de l’algèbre.

3) La vie artistique

L’Art masulman a lui aussi subi des influences diverses (hellénistiques, perses, byzantines...). La fusion de tous ces éléments et les contraintes du milieux expliquent la place faite aux fontaines, aux jardins, aux bassins, ainsi que l’emploi de matériaux comme la brique crue et le plâtre qui résistent bien à la chaleur.

L’art islamique exprime la prédominance de la religion. C’est la mosquée qui sert de modèle pour l’architecture et la décoration des palais et autres édifices publics.

Le Coran interdit la représentation de Dieu et de toute créature humaine ou animale, reflets de la divinité.

L’Art islamique est donc un art non figuratif, stylisé et abstrait, utilisant abondamment les formes géométriques, le décor floral et la calligraphie (art de former de manière esthétique les caractères de l’écriture).

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