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    La Méditerranée au XIIème siècle (3)


    CONTACT DE TROIS CIVILISATIONS


    L’installation des arabes sur le pourtour de la Méditerranée et les raids des Normands en Europe du Nord-Ouest ont beaucoup gêné, à partir du VIIIe siècle, le commerce maritime et fluvial en Occident. Les guerres privées entre seigneurs, les opérations de brigandages menées par nombre d’entre eux contre les marchands ont également nui aux échanges que paralysaient d’autre part la pauvreté du monde occidental en bonnes monnaies d’or et d’argent.

    Ces conditions se modifient lentement à partir du début du XIe siècle. Les Scandinaves s’installent en "Normandie" avant d’entreprendre la conquête de l’Angleterre et de la Sicile, tandis que les Italiens et les Francs reconquièrent en partie le Bassin de la Méditerranée. Avec les progrès de l’autorité monarchique et l’influence pacificatrice de l’Eglise, les routes deviennent un peu plus sûres, ce qui favorise la reprise d’une intense activité commerciale em Méditerranée et dans la plus grande partie de l’Occident.

    Les ports italiens sont les premiers à bénéficier de l’enrichissement matériel et culturel qui accompagne la renaissance des contacts avec l’Orient. Bientôt cependant, le développement des activités commerciales et artisanales, s’étend à l’intérieur de la péninsule, puis à d’autres régions de l’Europe, stimulant l’essor des villes, créant des besoins nouveaux qui nourrissent à leur tour la demande en produits originaires des mondes orientaux.

    Le réveil commercial de l’Occident s’accompagne dès le Xe siècle d’un autre type de contact entre l’Occident et l’Orient : le pèlerinage en Terre Sainte, qui se transforme peu à peu en petite expédition armée, puis en vaste entreprise de conquête, menée par les Occidentaux à l’initiative du Pape. La "croisade" conduit ainsi nombre d’entre eux à prendre pied en pays musulman et à y constituer des Etats qui ont une existence éphémère mais constituent d’importants foyers de contact entre les cultures du monde méditerranéen.



    I. LES CONTACTS COMMERCIAUX


    A/ L’essor du commerce italien

    Les ports italiens ont été les premiers à bénéficier du renouveau économique de l’Occident. En effet, des ports comme Naples, Amalfi, Bari et surtout Venise ont eu très tôt une flotte leur permettant de commercer avec Constantinople et avec les musulmans.

    Les marchands vénitiens pratiquent le commerce "triangulaire". Ils se rendent à Alexandrie où ils échangent le bois, les armes, les esclaves achetés en Europe occidentale contre les produits de l’Orient. De là, ils gagnent Constantinople où ils possèdent des quais et un quartier réservé ; ils y complètent leur cargaison d’épices, de sieries, de produits de luxe, revendus par la suite en Occident.

    Mais très vite la concurrence se développe de la part de Pise et de Gênes. Les marchands pisans et gênois s’installent sur les rivages orientaux de la Méditerranée et jusqu’en Mer Noire frequentés par les caravanes des marchands orientaux.

    Au XIIe siècle, à la faveur des croisades, les pisans, les gênois et les vénitiens favorisent le développement des ports de Syrie et de Palestine (Tripoli, Beyrouth, Jaffa, Saint-Jean d’Accre...).


    B/ le développement du commerce continental

    Le commerce maritime a permis le développement dans les ports de fabriques, où les matières premières sont transformées en produits destinés à la vente. Ainsi des fabriques, qui travaillent la soie, la laine, les armes ou les produits de luxe, s’implantent dans les villes de l’intérieur comme Florence, Padoue, Sienne, ou Milan.

    Les marchands de la péninsule assurent les échanges entre ces cités marchandes et les ports. Certains se rendent en France, en Espagne et en Angleterre pour y vendre les produits de l’Orient et ceux des fabriques italiennes, revenant avec des produits bruts comme de la laine, du drap ou de l’artisanat local.

    La Flandre est au XIIe siècle le second foyer économique de l’Occident derrière l’Italie du Nord. S’y développent des villes drapantes comme Bruges, Gand, Douai, Arras où s’installent des banquiers et des correspondants des compagnies de commerce italiennes.

    D’autres foyers se développent en Allemagne du Nord et dans la vallée du Rhin où à la fin du XIIIe siècle se met en place une vaste association commerciale : les villes de la Hanse. Sur la côte Atlantique, apparaissent des centres comme Bordeaux, Nantes, La Rochelle et sur la Méditerranée, les ports de Barcelone et de Montpellier connaissent un grand essor.

    Au XIIe siècle, le commerce en Occident se fait par voie terrestre. Pour raccourcir les distances à parcourir, les hommes d’affaires du Nord et du Midi prennent vite l’habitude de se rencontrer aux grands carrefours de routes dans des villes étapes. Ainsi, naissent les grandes foires dont les plus fréquentées sont celle de Champagne (Troyes, Lagny, Châlons, Provins, Bar-sur-Aube) ce qui entraîne une internationalisation des affaires où chacun se familiarise avec de nouvelles pratiques commerciales (billet à ordre, lettre de change).



    II. CONTACTS POLITIQUES ET MILITAIRES : LA CROISADE


    Animés par une intense ferveur religieuse et par le désir de conquérir des terres, gens du peuple et chevaliers partent en croisade pour reprendre la Terre Sainte


    A/ Les origines de la croisade

    Il s’agit avant tout d’un phénomène religieux. C’est pour racheter leur fautes et assurer le salut de leur âme que de nombreux chrétiens accomplissenr depuis le Xe siècle de longs et périlleux pèlerinages. Le plus prestigieux est celui qui conduit à Jérusalem où se trouve le tombeau du Christ. Les Arabes, maîtres de la Palestine, se sont toujours montrés tolérants envers les pèlerins mais cette province tombe aux mains des Turcs ce qui crée un grand choc en Occident. La croisade se transforme alors en expédition militaire. L’idée d’une "guerre sainte" contre les musulmans se développe alors d’autant plus qu’en Espagne les souverains chrétiens d’Aragon, de Castille et de Navarre entreprennent la reconquête de la péninsule ibérique.

    1) Pourquoi les croisades ?

    • pour des raisons d’ordre politique et psychologique
      - A l’appel des empereurs byzantins face à la poussée musulmane.
      - Le souci de la papauté d’acroître son influence.
      - Les ambitions de prestige des souverains occidentaux .
      - Le goût de l’aventure et de la guerre de la part des chevaliers.
    • pour des raisons d’ordre économiques
      - Pour assurer aux échanges des routes sûres.


    2) La première croisade (1095-1099)

    Elle est prêchée par le pape Urbain II en 1095 lors du concile de Clermont. Une première vague, composée de petites gens, part aussitôt sous la conduite d’un moine, Pierre l’Ermite. Cette expédition est décimée par la faim, la soif et finalement exterminée par les Turcs. Il faut attendre 1098, pour voir les seigneurs partir à leur tour ce qui aboutit en août 1099, à la prise de Jérusalem par les croisés qui se taillent en Palestine et en Syrie des principautés féodales.


    B/ Les Francs en Terre Sainte

    Quatre petits états sont créés en Terre Sainte. Ces Etats "latins" sont faibles du fait de la division qui règne entre les seigneurs. Leur défense est alors assurée par de nouveaux ordres militaires monastiques comme sont les hospitaliers ou les templiers qui construisent de puissants châteaux-forts (les krak).

    Au milieu du XIIe siècle, face à la pression musulmane, Saint-Bernard prêche la seconde croisade (1147-1149), qui aboutit à la perte de certains territoires.

    En 1187, lorsque le prince musulman Salah al-Din s’empare de Jérusalem, une troisième croisade est lancée, mais les croisés n’arrivent pas à vaincre les musulmans.

    Finalement en 1204, la quatrième croisade est détournée par les marchands vénitiens vers Constantinople où les croisés s’emparent de la ville et se partagent avec les vénitiens les restes de l’Empire byzantin.



    III. LES CONTACTS CULTURELS


    A/ L’Occident face à Byzance et à l’Islam

    1) L’influence byzantine en Occident

    L’Italie a été le principal intermédiaire entre l’Occident et Byzance, car les marins et les commerçants italiens ont transporté avec leurs marchandises, des oeuvres d’art, des modèles architecturaux dont les artistes de la péninsule se sont ensuite inspirés.

    De Venise à la Sicile, nombreux sont les édifices religieux qui, pqr leur architecture et leur décor, relève de la tradition byzantine.

    Avec le développement de l’art roman, c’est toute la chrétienté d’Occident qui subit l’influence de l’Orient Byzantin. Cette influence apparaît dans l’utilisation de la coupole dans l’architecture, mais aussi dans la scuplture et les fresques romanes, dans les instruments et les vêtements sacerdotaux.

    Les contacts avec Byzance et par de-là les civilisations orientales ont profondément modifié les modes de vie et les goûts des occidentaux en developpant l’attrait pour les produits de luxe, les étoffes rares et les mets délicats. Ainsi, les moeurs de la société occidentale se sont-ils transformés.

    2) L’influence de la civilisation arabe en Occident

    Les croisades ont accéléré un processus engagé depuis longtemps. En effet, les liens entre le monde arabo-islamique et l’Occident ont toujours existé, notamment en Espagne dès le VIIIème siècle, en Sicile au Ixème siècle et ces contacts n’ont toujours pas revêtu un caractère guerrier.

    Au XIIIème siècle, la cour de Frédéric II à Palerme devient un lieu particulièrement brillant de rencontre entre deux cultures.

    L’empereur germanique pratiquait la langue arabe et recevait de nombreux savants, intellectuels et artistes musulamans, ces derniers participant à la construction ou à la décoration des églises.

    Mais c’est l’installation des croisés en Syrie et en Palestine qui a pour effet de multiplier les contacts.

    L’héritage culturel transmis à la chrétienté par les Arabes est considérable et touche à tous les domaines. A leur contact, les Occidentaux ont adopté certaines cultures et certaines techniques d’irrigation. Ils ont appris l’usage du papier. Ils se sont inspirés des décors géométriques utilisés par les artistes musulmans. Mais surtout, c’est par leur intermédiaire que les occidentaux ont pris connaissance de nombreux textes scientifiques et philosophiques grecs : ceux des mathématiciens Pythagore, des médecins Hippocrate et Galien, du géographe Ptolémée, ceux surtout du philosophe Aristote, dont la pensée - fondée sur la primauté de la raison - a été utilisée par les penseurs musulmans pour renforcer la foi tirée du Coran.

    Cet apport fondamental rénove la pensée philosophique et théologique occidentale, en réintroduisant la raison dans la connaissance humaine. Il s’y ajoute celui des sciences dont les arabes ont recueilli les leçons fournies par le monde hellénique et par l’Inde. C’est par leur intermédiaire que l’Occident s’est familiarisé avec l’usage du zéro et des chiffres dits "arabes", qu’il a appris l’usage de l’algébre et de la trigonométrie et qu’il a retrouvé tout un bagage scientifique constitué par les Grecs, qu’il s’agisse de la géographie, de l’astronomie, de la médecine, de la botanique, etc...


    B/ Influences occidentales en Orient

    1) Influences occidentales en terres byzantines

    Les premières croisades ont suscité à Constantinople un réel engouement pour les Occidentaux. Les empereurs d’Orient se méfient des barons occidentaux auxquels ils ont demandé assistance dans leur lutte contre les Turcs et dont ils redoutent l’appétit de conquêtes. Mais ils s’intéressent à la politique et à la culture d’Occident. A la cour de Manuel Comnène, entre 1143 et 1180, on pratique le tournoi et d’autres divertissements en vigueur dans l’ouest de l’Europe.

    Mais c’est surtout après la IVème croisade que s’effectue la pénétration dans l’Empire des influences occidentales. Dans les territoires qu’ils se partagés, et surtout en Grèce méridionale, les "Francs" introduisent le système féodal, construisent des châteaux forts et des églises que décorent fréquemment les artistes byzantins, rédigent des récits en vers et des chroniques que traduisent en grec les lettrés byzantins ou latins.

    2) L’occidentalisation de la Terre Sainte

    Les Etats latins de Palestine et de Syrie ont été les lieux privilégiés de la pénétration occidentale en terre d’islam. Comme dans l’empire d’Orient, les croisés ont apporté avec eux les institutions et les pratiques de la féodalité, les techniques et les instruments du nouvel art de la guerre privilégiant le combat à cheval et lourdement armé, la science des fortifications dans laquelle excellaient les ordres militaires.

    Ils ont construit ou restauré un grand nombre d’églises, toutes de style roman ou gothique, à commencer par le Saint-Sépulcre et la Cathédrale de Beyrouth. Seul le toit en terrasse appartient aux formes orientales de la construction. Les chapiteaux sculptés de N-D de Nazareth sont d’un type très voisin des chapiteaux romans de la France du Centre au milieu du XIIème siècle.

    En matière littéraire, nombre d’oeuvres rédigées par des "francs" - telle l’Histoire d’Outre-mer ou l’Histoire des princes orientaux de Guillaume de Tyr - ont pris comme sujet le pays musulman et les hommes qui l’habitent.

    3) Une civilsation née de la fusion des cultures

    La rencontre des civilisations occidentale et orientale a parfois abouti à une plus grande fusion des cultures. En Espagne, la longue cohabitation entre chrétiens et musulmans a eu des incidences profondes sur le développement d’un art hispano-mauresque original qui’s’est épanoui surtout en Andalousie. Dans ce pays, les juifs ont joué un rôle important d’intermédiaires entre chrétienms et musulmans.. Dispersés dans tout le monde méditerranéen, ils constituent sur les frontières entre l’islam et la chrétienté un vaste ensemble de culture juive qui transmet toute une production philosophique, scientifique et religieuse où entrent des éléments relevant des trois civilisations.

    En Sicile, dans les Etats latins d’Orient, et même en Syrie et en Palestine, le mélange des inspirations et des styles fait naître une civilisation originale. Ainsi à Daphné, au sud d’Antioche, les cisterciens qui se sont établis dans une église byzantine ont complété cell-ci par des arcades conformes aux modèles occidentaux et une décoration très fortement influencée par l’Orient.

     

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