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L’émancipation des colonies et l’affirmation politique du tiers monde (1)

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Date de parution : 22/07/2009

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L'émancipation des colonies et l'affirmation politique du tiers monde (1)




Depuis la fin du XVIIIème siècle, les européens, qui dominaient le monde, se partageaient des territoires immenses (l'Afrique par exemple). Cependant, au XXème siècle, cette domination devient de plus en plus difficile à maintenir. La guerre de 1914-1918 est à l’origine du premier ébranlement des empires coloniaux, mais après 1918, les puissances coloniales ont éludé la question et répondu aux aspirations nationales par une répression accrue. La deuxième Guerre Mondiale va précipiter l'éclatement des territoires conquis.

Quelles furent les causes et les circonstances de l'effondrement des empires coloniaux ? L'indépendance inéluctable de ces territoires s'est-elle traduite par une réelle autonomie économique et idéologique ?



I. Les causes de l’effondrement des empires coloniaux


A. L’Affaiblissement des métropoles

1) Le choc des deux guerres mondiales sur les puissances coloniales

La 2nde Guerre Mondiale a élargi les fissures dans les empires coloniaux. En Asie, le Japon a balayé "l’impérialisme blanc" et a présenté son occupation comme une revanche des peuples de couleurs sur les Blancs. Les grandes puissances coloniales européennes (France, Royaume-Uni, Pays-Bas, Belgique) ne sont sorties de la guerre du côté des vainqueurs que grâce aux Etats-Unis ou l’URSS. Et pendant la guerre, le Royaume-Uni et la France ont multiplié les promesses pour gagner l’appui nécessaires des colonies. Pour rallier l’Afrique Noire toute entière à la France Libre, De Gaulle, dans son discours de Brazzaville, en 1944, sans aller jusqu’à promettre l’indépendance, annonce une participation des colonies à la marche des affaires. A partir de 1945, les colonies réclament donc cette émancipation qu’on leur a laissé entrevoir.

2) Les métropoles n’ont plus les moyens d’entretenir un empire colonial

L’Europe sort ruinée de la Guerre. Les métropoles ne maintiennent que difficilement l’emprise sur leurs colonies. La domination par la force devient aussi un problème dans le sens où les métropoles n’ont plus les moyens d’entretenir des corps expéditionnaires partout, excepté dans les villes principales et les points stratégiques. Ils ne peuvent donc plus tenir la totalité des pays. Or ces expéditions lointaines coûtent cher et grèvent les budgets et freinent la reconstruction économique des métropoles au lendemain de la guerre. Il est à noter que les pays qui ont connu la plus forte croissance économique après la guerre sont l’Allemagne, l’Italie et le Japon qui justement n’ont pas la charge d’un empire colonial. La forte croissance de l’économie française ne survient qu’à partir de 1962, après la crise algérienne.

L’opinion publique des métropoles elles-mêmes évolue très rapidement en faveur de la décolonisation. Si ce n’est un soutien à l’évolution des colonies vers l’indépendance, c’est au moins le désir de voir se terminer certaines guerres comme celles d’Indochine ou d’Algérie où beaucoup de familles risquent de voir leurs enfants tués aux combats.

Le Royaume-Uni, avec les travaillistes au pouvoir à partir de 1945, accepte plus facilement la transformation de certaines colonies en dominions dans le cadre du Commonwealth déjà créé. La France, avec sa vieille tradition centralisatrice, est très attachée à l’idée de la République indivisible. L’évolution vers l’émancipation des colonies est donc beaucoup plus difficile.


B. La lutte des colonies pour l’indépendance

1) L’impact de l’exploitation coloniale

La colonisation, sous couvert d’apporter la civilisation et le progrès, a d’abord été une vaste entreprise d’exploitation économique au profit des métropoles. Elle a détruit le système traditionnel de l’économie de subsistance en remplaçant la plupart des cultures vivrières par des plantation de cultures destinées à l’exportation. Elle a suscité l’explosion démographique par la mise en œuvre de politiques sanitaires et médicales sans qu’il y ait en même temps politique de développement économique global du pays.

Les autochtones se sont très vite sentis exploités, servant à enrichir les métropoles quand eux-mêmes s’appauvrissaient. Ce sentiment suscite donc une hostilité de plus en plus grande, poussant ces populations à la résistance. Les cadres traditionnels des communautés villageoises ont été ébranlés par la colonisation, tandis que naissait au contact du capitalisme colonial une bourgeoisie indigène plus ou moins riche, avide de culture européenne et de pouvoir. Ce double phénomène de paupérisation et d’embourgeoisement a été facilité par le développement de l’urbanisation qui a souvent été très rapide. La ville de Calcutta, par exemple, n’existait pas au XVIIIème siècle. Aujourd’hui, c’est une des plus grandes villes du monde. Au sein de cette bourgeoisie est apparue une intelligentsia qui a adapté les idéologies occidentales (nationalisme, marxisme) qui allaient lui permettre de conduire les mouvements de libération, par des guerres révolutionnaires si nécessaires.

2) Les mouvements nationalistes

Ils se sont souvent déjà manifestés dans l’entre-deux-guerres, sans réellement inquiéter les métropoles. Ces mouvements ont d’ailleurs été inspirés par l’histoire européenne elle-même. N’oublions pas qu’en 1918, c’est au nom des droits des peuples à disposer d’eux-mêmes que se disloque l’empire austro-hongrois. De là la naissance des Etats d’Europe centrale. Ainsi, les peuples coloniaux, accédant à la conscience politique, se retournent-ils contre le colonisateur en utilisant les propres principes du colonisateur lui-même !

Le nationalisme est parfois renforcé par un idéal révolutionnaire. Depuis le Congrès de Bakou en 1920, le Komintern (IIIème Internationale Socialiste) soutient l’émancipation des peuples colonisés. Le prestige de l’URSS après 1945, l’extension du socialisme à d’autres pays, et les solidarités qui unissent les EU aux colonisateurs européens, contribuent à rapprocher communistes et nationalistes. En Indochine, la France doit affronter un mouvement dirigé par le communiste, Ho Chi Minh, soutenu par l’URSS et, à partir de 1949, par la Chine Populaire. Le communisme international, dans le contexte de la Guerre Froide, a d’ailleurs intérêt à aider des mouvements qui affaiblissent et déstabilisent les puissances européennes. Mais il ne faut pas généraliser, tous les mouvements nationalistes ne sont pas d’obédience communiste. Dans les pays islamiques par exemple, ils s’appuient très souvent sur une revendication d’identité religieuse et ses animateurs sont à la fois des chefs politiques et religieux (voir le sultan du Maroc par exemple).


C. L’opinion internationale

1) Le contexte international, après 1945, est favorable à la décolonisation

La Charte de l’Atlantique de 1941, où Roosevelt et Churchill jette les bases d’un nouvel ordre mondial, rappelle le principe des peuples à disposer d’eux-mêmes. Ce principe est repris dans la Charte des Nations Unies en 45, puis par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme en 48. L’ONU devient donc la tribune internationale de soutien à la décolonisation.
L’URSS et les EUA soutiennent tous les deux la décolonisation. L’URSS par principe, et les EUA d’une manière plus nuancée. C’est à travers le Kominform qu’agit l’URSS. Quant aux EUA, ils n’ont pas oublié qu’ils ont été la première colonie de l’histoire à avoir conquis leur indépendance. En 1948 d’ailleurs, leur unique colonie (les Philippines) accède à l’indépendance, ce qui leur donne bonne conscience. Avec la Guerre Froide, les peuples colonisés essaient de profiter de l’antagonisme entre les deux blocs. Ainsi, les EUA, par peur d’une propagation du communisme, soutiennent-ils à l’ONU la plupart des mouvements d’émancipation.

Il est à noter enfin qu’au fur et à mesure que les colonies accèdent à l’indépendance se forme un troisième bloc, le Tiers Monde, plus ou moins neutraliste, plaidant en faveur de l’émancipation des peuples encore colonisés. En 1955, à la Conférence de Bandoeng, ce bloc neutraliste proclame sa solidarité avec les pays encore dominés, et condamne fermement le colonialisme.

Si au XIXème siècle les colonisateurs avaient bonne conscience, certains d’apporter progrès et civilisation, au milieu du XXème siècle, la colonisation apparaît de plus en plus comme une entreprise illégitime de domination et d’exploitation. Les pays colonisateur encourent donc de plus en plus la réprobation internationale.

2) Les autorités morales condamnent également la colonisation

Il n’y a guère de grands intellectuels pour la défendre. Beaucoup, au contraire la condamnent (voir la préface de J.P. Sartre au livre de Franz Fanon, Les Damnés de la Terre).

L’Eglise catholique, avec beaucoup de prudence, prône une nécessaire évolution conforme à son universalisme. Elle a d’ailleurs, beaucoup mieux que les autorités politiques et civiles, encouragé la formation de clergé indigène et autochtone. Quant à la Commission des Eglises Protestantes pour les Affaires Internationales, elle se prononce dès 1946 en faveur de l’émancipation des colonies.

Il dépend donc de l’habilité des métropoles d’accepter une évolution inévitable, afin de voir leurs colonies s’émanciper, soit par la lutte, soit par la négociation.

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