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L’émancipation des colonies et l’affirmation politique du tiers monde (2)
L’émancipation des colonies et l’affirmation politique du tiers monde (2)
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Ed. Ellipses
Date de parution : 22/01/2009
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L'émancipation des colonies et l'affirmation politique du tiers monde (2)
II. Les chemins d’accès à l’indépendance
A. L’indépendance par la force
1) La Guerre d’Indochine
Pendant l’occupation japonaise, des nationalistes indochinois ont constitué la Ligue pour l’Indépendance du Vietnam ou Vietminh, dominée par les communistes d’Ho Chi Minh. Durant la guerre, ils mènent la résistance contre les japonais. Puis, en 1945, le 2 septembre, le Vietminh proclame l’indépendance de la République démocratique du Vietnam, avec un gouvernement provisoire dirigé par Ho Chi Minh. Mais dès le mois de septembre 1945, la France, l’ancienne puissance coloniale, se réinstalle et s’empare de Saigon, au moment où le Vietminh instaure le suffrage universel, pour l’élection d’une Assemblée Nationale et où Ho Chi Minh devient Président de la jeune République. Ce dernier réussit même à signer, en mars 1946, un accord où la France reconnaît cette indépendance, mais dans le cadre de l’Union Française, née de la nouvelle Constitution. C’est l’époque où la France possède encore un gouvernement d’union nationale de toutes les forces qui ont lutté contre les occupants nazis et le régime collaborationniste de Vichy.
Mais deux régions de l’Indochine (la Cochinchine et le Cambodge) refusent d’être soumises à un régime communiste, alors que pour Ho Chi Minh, le nouveau Vietnam ne peut être que toute l’ancienne Indochine française.
En septembre 1946, dans un contexte de tensions internationales de plus en plus tendues, Ho Chi Minh se rend à une conférence à Fontainebleau pour résoudre le problème. Mais, avant même l’échec de la réunion, dû aux positions intransigeantes de part et d’autre, les troupes françaises bombardent Haïphong au Tonkin. Dés la mois de décembre, la guerre s’amplifie pour durer jusqu’en 1954 : 8 longues années !
Pourquoi donc cette guerre alors que la France doit panser ses plaies ?
- Les milieux coloniaux français y ont poussé (hauts fonctionnaires, militaires, grands négociants).
- Des considérations de prestige ont joué : ne pas capituler, ni pratiquer une politique d’abandon préjudiciable au reste de l’empire.
- Les autorités françaises ont sous-estimé les capacités de l’adversaire : gagner une guerre de libération nationale, cela ne s’est encore jamais vu.
- Parce que l’adversaire est communiste (alignement rapide sur la position des EUA : politique du containment).
Jusqu’à la fin des années 40, le Vietminh mène essentiellement des actions de guérilla avec l’appui des populations locales. Mais, à partir de 1950, avec l’appui de la Chine de Mao et de Moscou, le Vietminh lance de grandes offensives qui conduisent inexorablement à la défaite française de Diên Biên Phu, en mai 1954. Pierre Mendès France, alors chef du gouvernement et qui s’était toujours montré hostile à cette guerre conclut les Accords de Genève (1954). Ces accords prévoient une séparation provisoire du Vietnam en deux de part et d’autre du 17ème parallèle de latitude nord, jusqu’à des élections prévues dans un délai de deux ans.
Le Laos et le Cambodge deviennent deux Etats indépendants. Mais le Vietnam du Nord et le Vietnam du Sud deviennent un enjeu de Guerre froide et les EUA prennent très vite le relais des français. Le problème est donc loin d’être résolu.
2) Le Kenya et l’Indonésie
Durant la guerre d’Indochine, deux autres Etats conquièrent par les armes leur indépendance : le Kenya en Afrique de l’est, et l’Indonésie en Asie du sud-est. Il est à noter tout de suite que les combats y ont été beaucoup moins meurtriers qu’en Indochine.
En 1952, au Kenya, les britanniques doivent affronter, la rébellion de la tribu des Mau-Mau qui veulent reprendre aux colons britanniques les meilleures terres que les anglais ont accaparées. Ceux-ci répondent aux attaques des rebelles par des campagnes de pacification ! Les très longues négociations avec le chef de la rébellion, Jomo Kenyatta, met un terme à la tuerie en 1954, mais le Kenya n’obtient réellement son indépendance qu’en 1963 !
En Indonésie, Ahmed Soekarno (1901-1970), leader du Parti National Indonésien créé en 1928 et dont les principes de lutte nationale sont : foi en Dieu, amour de l’humanité, nationalisme et démocratie, proclame l’indépendance le 17 août 1945. Mais les Pays-Bas espèrent restaurer leur souveraineté sur les Indes Néerlandaises. Entre 1947 et 1948 de très nombreux affrontements ont lieu. Mais en 1949, devant les difficultés rencontrées, les hollandais acceptent l’ouverture de négociations.
La Conférence de la Table Ronde de La Haye débouche, fin 49, sur la reconnaissance par les Pays-Bas de la création des Etats-Unis d’Indonésie dans le cadre de l’Union néerlandaise. Mais en 1950-1952, les Pays-Bas soutiennent le sécession de la République des Moluques. Soekarno impose alors un Etat centralisé et unitaire. En 1956, l’Union néerlandaise est dissoute. Finalement, en 1957, les derniers ressortissants néerlandais sont expulsés et leurs biens confisqués.
3) La guerre d’Algérie
Alors que la Tunisie et le Maroc accèdent à l’indépendance par la négociation, l’Algérie y parvient après une guerre de près de 8 ans.
L’Algérie depuis la colonisation, est considérée comme faisant partie intégrante du territoire national français. Elle forme trois départements français de l’autre coté de la Mer Méditerranée. Elle est peuplée de 10 millions d’habitants, sur lesquels on compte un million de français de souche, les pieds-noirs, parmi lesquels se trouvent 25 000 gros colons, très influents dans l’administration française en Algérie, et très hostiles à une Algérie musulmane et indépendante. Plus d’un siècle de colonisation a détruit en Algérie tous les cadres politiques locaux sans jamais les avoir remplacer. La France ne reconnaît donc aucun représentants légitimes du peuple algérien. Il n’y a donc personne avec qui pouvoir négocier. Les algériens n’ont donc pour se faire entendre que le recours à la rébellion. C’est le Front de Libération Nationale, dirigé par Ahmed Ben Bella réfugié au Caire (Nasser est au pouvoir en Egypte), qui lance la rébellion le 1er novembre 1954. Se développent alors des actions de guérilla et de terrorisme menées par les fellaghas dans les campagnes, puis dans les villes. Le FLN soutenus par les pays arabes reçoit aussi l’appui de l’URSS.
En Algérie, la France répète les mêmes erreurs qu’en Indochine : ne pas comprendre le sens de la rébellion, croire que la masse du peuple algérien est en faveur de la France, croire que l’écrasement de la rébellion sera rapide. La France s’engage donc dans une politique de répression croissante par l’envoi de moyens et de soldats toujours plus nombreux dans le but officiel de maintenir l’ordre. En 1956, les élections législatives se font sur la question algérienne et les partisans de la paix l’emportent. Guy Mollet, nouveau chef du gouvernement, tente alors de mettre en œuvre sa politique cessez-le-feu, élections, négociations. Mais sous la pression et l’hostilité des pieds-noirs, il se voit obliger de renforcer la présence du contingent militaire français sur le terrain afin d’intensifier la pacification. Bien plus encore, les pieds-noirs et l’armée française d’Algérie estiment insuffisant l’engagement et la détermination de la France. Finalement, le 13 mai 1958, éclate l’insurrection d’Alger, avec le soutien d'une minorité de l’armée française d’Algérie. Tous ces événement, d’une extrême gravité, conduisent à l’effondrement de la IVème République et au retour au pouvoir du général De Gaulle.
Au départ, De Gaulle ne semble pas avoir considéré l’indépendance comme inévitable. Il essaie deux nouvelles politiques : La Paix des Braves (pardon politique à tous) et La Troisième Force (le juste milieu entre les extrêmes : pieds-noirs et FLN). Mais, face au pourrissement de la situation, il ne voit très rapidement d’autre solution que la négociation avec la FLN qui, en 1958, se transforme en G.P.R.A. (Gouvernement Provisoire de la République Algérienne). Pour De Gaulle, la négociation apparaît la seule issue face aux attaques contre la France à l’ONU, mais aussi du fait de la perte de prestige auprès des pays du Tiers Monde, alors que De Gaulle cherche au contraire à redonner une place importante à la France dans le monde.
L’évolution de l’Algérie vers l’indépendance par la négociation est toutefois retardée par l’opposition farouche des pieds-noirs (révolte des barricades en janvier 1960 à Alger), mais surtout de l’armée qui, en avril 1961, tente un coup d’Etat : le putsch des généraux (Salan, Challe, Jouhaud, Zeller, le fameux quarteron de généraux). De cette double opposition surgit bientôt l’O.A.S. (Organisation de l’Armée Secrète) qui tente à plusieurs reprises d’assassiner De Gaulle.
Les négociations aboutissent enfin, le 12 mars 1962, à la signature des Accords d’Evian : Algérie indépendante (Sahara compris), avec référendum en France et en Algérie. 800 000 pieds-noirs quittent alors l’Algérie pour la France métropolitaine, alors que la situation militaire était maîtrisée par l'armée française. La guerre a fait entre 600 000 et un million de victimes. Ce fut la plus cruelle des guerres de décolonisation.
B. L’indépendance par la négociation
1) L’Inde et les autres colonies britanniques
a – L’indépendance de l’Inde et la partition de l’Union Indienne
Pendant la 2nde Guerre Mondiale, 2.5 millions de soldats de l’Union Indienne combattent aux côtés des britanniques ; ceux-ci, promettent l’indépendance à la fin des hostilités. Il existe dans le joyau de la couronne britannique deux partis politiques rivaux : le Parti du Congrès avec à sa tête Mohandas Karamchand GANDHI et Jawaharlal NEHRU, groupant la majorité des hindouistes ; et la Ligue Musulmane de Mohammed Jinnah, minoritaire et séparatiste.
Dès 1946, de très violents affrontements ont lieu entre Hindouistes et Musulmans, alors que les anglais annoncent le retrait de leurs propres troupes pour juin 1948. Face à cette haine entre les communautés religieuses, le RU préconise la partition de l’Union Indienne en deux territoires : l’Inde et le Pakistan. Nehru, opposé à ce projet dans un premier temps, s’y rallie finalement et c’est ainsi que le 15 août 1947 naissent deux nouveaux pays : l’Inde et le Pakistan.
L’Inde est hindouiste. Quant au Pakistan musulman, il est formé de deux territoires situés à l’est et à l’ouest de l’Inde septentrionale, séparés par près de 2000Km. La formation de ces territoires entraînent d’énormes transferts de population. Plus de 15 millions de personnes sont déplacées dans un sens ou dans l’autre. Mais, dès 1947, un premier conflit armé oppose les deux pays à propos du Cachemire qui fut rattaché à l’Inde bien que peuplé en majorité de musulmans. Un second conflit éclate en 1965 qui se règle grâce à la médiation de l’ONU, intervenue à l’initiative de l’URSS. La région est encore troublée en 1971 par un conflit qui oppose les deux Pakistan. Le Pakistan oriental se révolte contre le Pakistan occidental, et avec l’appui de l’Inde et de l’URSS se proclame indépendant sous le nom de Bangladesh. La Chine, alliée du Pakistan occidental et en mauvais termes avec l’Inde et l’URSS pour des problèmes frontaliers, s’oppose jusqu’en 1974 à l’entrée du Bangladesh à l’Assemblée Générale des Nations Unies. Finalement la partition britannique de l’Union Indienne a abouti à la formation de trois Etats.
b – Les autres colonies britanniques
En Asie, l’évolution des autres colonies britanniques se fait sans trop de heurts. Birmanie et Ceylan en 1948, Malaisie en 1957. Comme l’Inde et le Pakistan, tous ces pays restent membres du Commonwealth, qui permet au RU de préserver en grande partie ses intérêts économiques, notamment dans les domaines de l’industrie du caoutchouc, de l’étain, des banques, des assurances et d’une manière générale du commerce.
En Afrique, le Ghana est le premier pays à accéder à l’indépendance en 1957, et c’est dans la capitale ghanéenne qu’a lieu l’année suivante la Conférence d’Accra. Elle réunit les représentants d’une dizaine de colonies africaines et proclame le droit à l’indépendance en Afrique.
En Afrique, comme en Asie, le gouvernement travailliste de Clement Attlee (1945-1951) reconnaît à tous les peuples dépendant de la couronne britannique, le droit à l’autodétermination, tout en cherchant à renforcer le Commonwealth. Ainsi, les territoires africains passent-ils du statut de colonies de la couronne administrées directement par le RU, à celui de colonies à gouvernement responsable pourvues d’une Assemblée élue, puis à celui de colonies à self-government, dernier stade avant l’indépendance totale, si possible dans le cadre du Commonwealth. Le but des britanniques n’est pas tant de perdre une colonie que de gagner un membre du Commonwealth.
Autres cas particuliers :
- Le Nigeria : il accède à l’indépendance en 1960, dans un cadre fédéral. En 1967, la province orientale du Biafra, riche en pétrole, tente de faire sécession ; les autorités nigérianes pratiquent alors un blocus total du Biafra, le réduisant à la famine. En Janvier 1970, le Biafra capitule sans condition.
- La Rhodésie : en 1965, Jan Smith proclame de manière unilatérale l’indépendance et en 1970, rompt ses relations avec le RU, mettant en place un régime d’apartheid calqué sur le modèle sud-africain. En 1971, le RU reconnaît l’indépendance de la Rhodésie. Le régime ségrégationniste et raciste dure 10 ans. Durant cette période se développe une guérilla noire qui finalement l’emporte en 1980, date à laquelle les noirs s’emparent du pouvoir, chassent les blancs et proclament la fondation du Zimbabwe.
- L’Afrique du Sud : plutôt que de renoncer à l’Apartheid, elle préfère quitter le Commonwealth en 1961. La lutte des noirs a finalement triomphé en 1994, avec l’élection de Nelson Mandela comme président de la République (il a passé 24 ans de sa vie en prison de 1966 à 1990).
Entre 1962 et 1966, la plupart des autres colonies britanniques accèdent à l’indépendance : Tanzanie, Ouganda, Kenya, Zambie, Malawi, Lesotho.
2) La décolonisation française en Afrique (Algérie exclue)
a – Les cas du Maroc et de la Tunisie
Ce sont deux protectorats, la Tunisie depuis 1881 et le Maroc depuis 1911. Ils conservent donc l’apparence d’un gouvernement autonome avec leurs chefs traditionnels, le Bey de Tunis et le Sultan du Maroc. Mais en fait, le pouvoir réel appartient au Résident Général qui représente la France.
Après la 2nde Guerre Mondiale, la France cherche à différer l’évolution vers l’indépendance. Celle-ci est revendiquée par des mouvements nationalistes : en Tunisie, le parti du Néo Destour fondé en 1934 par Habib Bourguiba, et le parti de l’Istiqlal, au Maroc, fondé en 1944 par Mohammed Ben Youssef (Mohammed V). Ces mouvements s’opposent à la domination française par des grèves et des actions terroristes. En 1950, Bourguiba est emprisonné. En 1953, c’est au tour du Sultan du Maroc à être exilé à Madagascar. Avec l’arrivée de Pierre Mendès France au gouvernement en 1954, des négociations sont engagées avec les nationalistes marocains. Elles aboutissent à la signature des Accords de La Celle-Saint-Cloud qui reconnaissent l’indépendance du Maroc, proclamée le 2 mars 1956. Dès 1954, le gouvernement Mendès-France accorde l’autonomie interne à la Tunisie qui proclame son indépendance le 20 mars 1956.
Dans ces deux pays, la communauté française n’était pas aussi importante qu’en Algérie, mais la plupart des français regagnent la métropole. La coopération de la Tunisie et du Maroc avec la France est difficile après 1956, en raison du soutien qu’ils apportent à la cause algérienne.
b – L’Afrique Noire Francophone
Elle Accède à l’indépendance sans trop de heurts : A.O.F., A.E.F. et Madagascar. Depuis 1946, les colonies françaises d’Afrique Noire font partie de l’Union Française, dans laquelle elles sont considérées comme des territoires d’outre-mer. Quelques députés africains siègent au Parlement français, mais l’administration coloniale directe reste en place, ce qui ne satisfait guère les mouvements nationalistes qui, même modérés, sont durement réprimés, comme à Madagascar en 1947.
L’évolution s’accélère à partir de 1956 avec la Loi Cadre de Gaston Deferre, ministre de la France d’outre-mer sous le gouvernement Guy Mollet. Cette loi prévoit la mise en place d’une Assemblée élue au suffrage universel dans chaque territoire, ainsi que d’un Conseil de gouvernement souverain dans certains domaines techniques. L’application de cette nouvelle loi permet le développement d’une vie politique dans la plupart des territoires, des partis politiques s’organisent et apparaissent des leaders.
Avec l’arrivée de De Gaulle au Pouvoir en 1958, L’Union Française se transforme en Communauté Française suivant la nouvelle Constitution. Cette dernière ouvre la voie à l’indépendance immédiate : il suffit que les colonies votent NON au référendum organisé le 28 septembre 1958, en refusant d’entrer dans la communauté proposée. Toutes les colonies optent pour l’adhésion à la Communauté sauf la Guinée Conakry qui devient aussitôt indépendante. Mais en 1960, le Sénégal demande l’indépendance qui lui est accordée. A partir de là, les autres colonies en font de même. Tous ces nouveaux Etats maintiennent des liens de coopération avec la France. Reste seulement Djibouti, qui accède à l’indépendance en 1977.
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