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L’émancipation des colonies et l’affirmation politique du tiers monde (3)

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L'émancipation des colonies et l'affirmation politique du tiers monde (3)



III. Le tiers monde dans les relations internationales


A. La tentative d’organisation politique du Tiers Monde

1) Le Mouvement des Non-Alignés

a – La Conférence de Bandoeng de 1955

Le Mouvement des Non-Alignés naît pendant la Guerre Froide. Le Tiers Monde grandissant prend peu à peu conscience de lui-même. D’abord en Asie du Sud-est où se trouvent les premiers pays à accéder à l’indépendance (Inde, Pakistan, Ceylan -Sri Lanka-, Birmanie –Myanmar-, Indonésie). La guerre d’Indochine entretient dans cette région du monde une solidarité anti-impérialiste. A la Conférence de Bandoeng convoquée par ces 5 pays asiatiques participent 29 Etats afro-asiatiques. Le mouvement est dominé par Nehru, Nasser, Halié Sélassié, Soekarno. Tito est là aussi en tant qu’observateur. La conférence condamne la colonialisme, mais aussi la politique des blocs. Aucune organisation internationales n’est créée à Bandoeng.

b – La Conférence de Belgrade de 1961

C’est la première réelle conférence des non-alignés. A l’initiative de Tito et de Nehru y est défini le concept de neutralisme. Les signataires de la Conférence déclarent œuvrer pour la coexistence pacifique, soutenir les mouvements de libération nationale comme le FLN algérien, n’appartenir a aucune alliance et refuser toute base militaire étrangère sur leur territoire. Mais assez rapidement le mouvement des non-alignés prend un caractère ambigu. En effet, le mouvement des non-alignés n’est plus uniquement un groupement d’anciennes colonies (présence de la Yougoslavie), et surtout certains pays membres sont tout à fait communistes (Yougoslavie, Cuba, Vietnam). Son caractère neutraliste devient donc pour le moins suspect.

2) L’Ambiguïté du mouvement des non-alignés

L’entrée de pays comme Cuba ou le Nord-Vietnam compromet de plus en plus le projet initial de neutralisme. Cuba, en effet, préconise l’alliance naturelle avec le camp socialiste. Le Nord-Vietnam est à cette époque en guerre contre les EUA, alors que Cuba est nettement aligné sur l’URSS. La Conférence des non-alignés, après celles du Caire en 1964, et d’Alger en 1973, se tient à La Havane en 1979, et Fidel Castro en devient même le Président ! Si bien que ce neutralisme un peu... trop pro-soviétique devient très suspect.

Aujourd’hui, le mouvement des non-alignés regroupe plus de 110 pays et se veut le porte-parole des problèmes des pays sous-développés. A l’antagonisme Est/Ouest, le mouvement a tenté de substituer l’antagonisme Nord/Sud. Mais trop souvent, le mouvement tombe dans la dénonciation unilatérale de l’impérialisme nord-américain, si bien que les EUA n’ont jamais entretenu de rapport avec lui. Depuis les années 50, les EUA ont d’ailleurs vu d’un très mauvais œil le développement du mouvement des non-alignés dans les pays d’Amérique Latine qui ont pourtant les mêmes problèmes de sous-développement que le reste du Tiers-Monde. Pour leur éviter de prendre des positions trop neutralistes, les EUA disposent de moyens de persuasion très efficaces, pression économique, diplomatique ou militaire. Et quand un pays tente une voie différente, les EUA ont tôt fait de le ramener sous leur tutelle : interventions militaires au Guatemala et Costa Rica en 1954, sur l’île de la Grenade en 1983, pression économique sur le Chili de Salvador Allende en 1973 puis coup d’Etat, sur le Nicaragua des sandinistes de Daniel Ortega.

3) L’Organisation de l’Unité Africaine (O.U.A.)

L’OUA est créée en 1963 dans le but de hâter la décolonisation et de préparer une union économique africaine. Dès le départ, elle est déchirée entre une tendance réformiste et une autre plus révolutionnaire. Si bien qu’elle se borne à condamner les régimes racistes d’Afrique du Sud et de Rhodésie, mais demeure inopérante dans certains conflits comme au Congo ou au Tchad. Pourtant, petit à petit, elle s’impose comme une force politique. Elle se pose en tant que médiatrice dans le conflit Maroc/Algérie à propos du Sahara Occidental, et, entraînée par les pays arabes, elle soutient la cause du peuple palestinien.


B. Les limites économiques du Tiers-Monde

1) Les pays du Tiers-Monde ont besoin de l’aide des pays développés

La volonté du Tiers-Monde d’être indépendant des blocs est diminuée par l’énormité des besoins et des problèmes de développement impossibles à résoudre sans aide extérieure. L’aide au Tiers-Monde est essentiellement occidentale. De 1945 à 1970, 90% de l’aide provient des pays occidentaux et à peine 10% des pays de l’est. Dans l’aide occidentale, l’aide des EUA est, bien entendu, la plus importante.

Or, l’aide accordée ou refusée dépend du schéma socio-économique du pays solliciteur. Pour les EUA en particulier, le libéralisme économique devient un dogme politique et répugnent à aider des pays du Tiers-Monde qui s’engagent dans la voie ne serait-ce que d’un certain socialisme, ou du moins d’une économie planifiée. Le refus des EUA entraîne l’URSS à apporter son aide aux pays nécessiteux, si non elle encourt elle aussi une perte de prestige (ex. : l’Egypte de Nasser lors de la construction du barrage d’Assouan). L’URSS, de son côté, intervient surtout dans des projets de développement planifié et d’inspiration socialiste. Ne se sentant nullement responsable du sous-développement imputable au pillage du Tiers-Monde par les pays capitalistes, l’URSS accepte d’aider les pays qui s’engagent dans la voie du socialisme, et de préférence un socialisme de type soviétique donnant priorité à l’électrification (Egypte), ou à l’industrie lourde (Inde)... Les deux blocs sont donc présents dans le Tiers-Monde à travers des aides techniques, financières, de telle manière que la subordination économique du Tiers-Monde n’a pas cessé avec la décolonisation.

En effet, tout d’abord, l’industrialisation reste très insuffisante pour couvrir les besoins de développement. Ensuite, la croissance démographique entraîne une augmentation de la demande de produits alimentaires que les pays industrialisés sont souvent les seuls à pouvoir satisfaire. Il faut donc que les pays du Tiers-Monde exportent des produits tropicaux, des matières premières, du pétrole.... pour pouvoir payer des importations indispensables à leur survie. Le déficit de la balance des paiements des pays du Tiers-Monde est catastrophique, l’endettement s’est accru et aujourd’hui bien des pays sont dans l’incapacité de payer seulement les intérêts de leur dette.

2) Les tentatives d’organisation économique du Tiers-Monde

a – L’O.P.E.P.

Elle est créée à Bagdad en 1960, par les 5 principaux exportateurs d’alors : Arabie Saoudite, Irak, Iran, Koweït, Venezuela. L’OPEP domine le marché du pétrole dans les années 70. Depuis la guerre du Kippour, l’OPEP a fait monter le prix du baril de pétrole de 2.9$us en juin 1973 à 34$us en octobre 1981. Depuis la situation lui échappe à nouveau en grande partie, à cause de la diminution de la consommation des pays industrialisés qui ont pratiqué des politique d’économie d’énergie et accéléré le développement de leur programme nucléaire, mais aussi du fait de l’apparition de nouveaux grands producteurs non membres de l’OPEP.

b – Le Groupe des 77 et la C.N.U.C.E.D.

Fondé à l’ONU en 1963, le Groupe des 77 s’est mis d’accord pour réclamer une Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement ou CNUCED, afin de mieux régler les échanges entre le Tiers-Monde et les pays les plus industrialisés. La première conférence s’est réunie à Genève en 1964, réussissant à conclure quelques accords internationaux sur les prix des produits de base.

En 1974, le Groupe des 77 a fait adopter par l’ONU une Déclaration concernant l’instauration d’un nouvel ordre économique international : demande de restructuration des échanges internationaux, demande de réforme du système monétaire international, demande d’allègement des dettes, demande d’un nouveau droit à la mer... Les EUA se sont opposés à toutes ces revendications.

Entre temps, le Groupe des 77 s’est élargi. Les pays du Tiers-Monde ont pris conscience des énormes différences entre pays à très faibles revenus et d’autres exportateurs de pétrole, ce qui entraîne en septembre 1981 à la Conférence de Paris, la mise en place d’un plan d’action en faveur des 31 pays les plus pauvres du monde ou P.M.A. (Pays les moins avancés). En 1981, le premier et dernier sommet Nord/Sud réunissant 22 pays a lieu à Cancun. Il est resté sans lendemain.

En août 1980, l’ONU a proposé que les pays développés consacrent 0.7% de leur budget national à l’aide au Tiers-Monde. Peu de pays ont fait l’effort. De plus aujourd’hui, l’aide accordé fait l’objet de violentes critiques car non seulement elle est insuffisante, mais aussi mal distribuée et arrive très souvent à peine aux vrais destinataires !

Donc, tentatives d’organisation politique, économique du Tiers-Monde certes, mais relative faiblesse des résultats. Ceci est dû en partie à des faiblesses internes des pays, à l’instabilité politique (plus de 60 coups d’Etat en Afrique depuis 1945), à l’autoritarisme de certains régimes politiques, à la corruption... la manière la plus rapide de s’enrichir étant encore de conquérir le pouvoir ! Le Tiers-Monde voit ainsi s’affronter les Grands qui essayent de s’y tailler des zones d’influences. Fin des années 90, l’affirmation réelle et l’équilibre du Tiers-monde ne semble donc pas être pour demain.

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